La Princesse jaune  

La Princesse jaune, op. 30, est un opéra comique en un acte et cinq scènes du compositeur Camille Saint-Saëns sur un livret français de Louis Gallet. L’opéra a été créé à l’Opéra-Comique (théâtre de la Salle Favart) à Paris le 12 juin 1872.
Enregistrement : Mathias Vidal (ténor, Kornelis) et Judith van Wanroij (soprano, Léna) avec l’Orchestre du Capitole, Toulouse, sous la direction de Leo Hussain. Bru Zane BZ 145 (79′). 2020.

La Princesse jaune :  Le charme d’un Saint -Saëns léger et sensuel

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En ces années 1870, le Japon fait fureur en France et en Europe. Camille Saint-Saëns (1835 -1921) compose sur un livret poétique et exotique de Louis Gallet un opéra-comique en 1 acte qui se déroule… en Hollande ! La Princesse jaune du titre n’existe que dans l’imaginaire du héros Kornélis. Fou de culture nippone, il est amoureux d’une jeune femme…  peinte sur un panneau japonais qui orne son cabinet de travail. La jolie Léna cousine de Kornélis est fort jalouse de « cette reine de paravent » : le jeune homme n’adresse-t-il pas des vers à l’icône ?

La Princesse jaune
Philippe-Marie Chaperon (1823-1907). Projets de décor pour la Princesse jaune, opéra comique de Camille Saint-Saëns, créé le 12 juin 1872 au théâtre de l'Opéra-Comique. Plume, aquarelle rehaussée de gouache. Paris, musée Carnavalet.

Sous l’effet d’une drogue, Kornélis voit s’animer l’image adorée sous les traits de Léna. Revenu de son rêve, Kornélis comprendra que l’amour vrai et le bonheur sont à portée de main. Réunis les deux jeunes gens pourront saluer cette lucidité bienvenue et chanter en un charmant duo : « L’amour chasse le doute / Et nous montre la route / Du paradis perdu. ». Sur des vers d’inégale densité, Camille Saint-Saëns élabore une partition toujours séduisante, mélodieuse, teintée d’un discret orientalisme, inégalement saluée en son temps.

Une œuvre délicate

Sa qualité est telle qu’on s’interroge. Pourquoi a-t-il fallu près de 150 ans pour célébrer cette œuvre délicate créée en 1872 que ressuscite aujourd’hui un excellent enregistrement dû au Palazetto Bru Zane ? Le label inaugure pour l’occasion une collaboration prometteuse avec l’Orchestre National du Capitole de Toulouse dont les affinités avec la musique française sont bien connues depuis le règne fertile de Michel Plasson.

La Princesse jaune

Placé sous la direction souple et fervente de Léo Hussain, l’ensemble brille de tous ses feux dès l’Ouverture, seule page qui survivait notamment dans les concerts de musique dite légère. C’est léger en effet, enveloppant, harmonieux, sans une once de vulgarité, sans l’ombre d’un sentimentalisme sirupeux. L’auditeur est sous le charme qui redouble en écoutant les deux protagonistes de ce rêve lyrique. Judith van Wanroij est, comme à chacune de ses apparitions sur scène ou au disque, magnifique d’intensité, de distinction, de musicalité. La fraîcheur et la beauté du timbre, la saveur de son chant,  la netteté de l’élocution éclatent dès son air d’entrée qui sait dépasser l’anecdotique japonisme pour s’épanouir dans une explosion jalouse du meilleur goût.

La soprano néerlandaise fait vivre une Léna complexe, pure jeune fille douloureuse sans mièvrerie (Ah ! le vibrant « Je faisais un rêve insensé »), refusant avec véhémence d’être assimilée à l’illusion, luttant dignement pour dissiper le mirage, conquérant son amour de haute lutte. La voix suit cette progression dramatique, toujours lumineuse, nourrie d’affects, rayonnante et s’accordant à merveille avec celle de son partenaire. Le ténor français Mathias Vidal qui chante avec autant de passion que de finesse Rameau et Berlioz, Gounod et Bizet ou Mozart dessine un Kornélis romantique, viril et poète, que les vapeurs d’opium et le rêve érotique enivrent sensuellement.
(« J’aime dans son lointain mystère »).

La Princesse jaune
Judith van Wanroij (Léna)

Le chant, qui marie l’éclat et la subtilité,  toujours élégant et harmonieux, épouse les mélodies conçues par Saint-Saëns avec un naturel, une clarté de prononciation qui forcent l’admiration (« Vision dont mon âme est prise »).
Qu’on écoute sa romance « Sur l’eau claire et sans ride », dont les apprentis interprètes devraient analyser les qualités pour saisir l’intimité expressive du chant français. Aucune affectation, aucun excès de joliesse : tout respire, s’anime, tout est juste, discret, fluide, et d’autant plus beau. La dernière scène aux climats et aux rythmes variés réunit dans le même élan un Orchestre coloré et un couple épanoui dans une subtile apothéose musicale.

Les dialogues, un peu raccourcis, sont servis avec conviction et une élocution parfaite, sans hiatus entre langage parlé et chant, parfumés d’un effluve suranné qui ajoute au charme.

La Princess jaune
MathiasVidal (Kornélis) ©Bruno Perroud

Cette prouesse est à porter au crédit des interprètes, Mathias Vidal, orfèvre en la matière, et Judith Van Wanroij dont le français n’est pas la langue maternelle. A mettre au crédit aussi d’Alexandre Dratwicki qui assure la conception et le suivi de la production musicale et dont nous avons pu apprécier, lors d’une séance d’enregistrement à laquelle nous assistions, l’exigence bienveillante, émue et complice.

L’album est complété avec pertinence et bonheur par les Mélodies persanes du même Saint-Saëns, confiées à six chanteurs judicieusement choisis qui savent donner à ces pages dotées parfois d’ humoristiques arabesques mauresques leur poids émotionnel. Elles témoignent de l’art moins compassé qu’on n’a dit d’un compositeur aux qualités enfin plus complètement reconnues. On sort de l’écoute de cet ensemble le cœur en fête.

Jean JORDY
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Jean Jordy

REVIEWER

Jean Jordy, professeur de Lettres Classiques, amateur d'opéra et de chant lyrique depuis l'enfance. Critique musical sur plusieurs sites français, il aime Mozart, Debussy, Rameau, Verdi, Britten, Debussy, et tout le spectacle vivant.

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