RUSALKA à Milan.

RUSALKA
Un conte si triste et si joliment illustré


« Rusalka » d’Antonin Dvorak, dirigé par Tomas Hanus avec l’Orchestre du Teatro alla Scala. Mis en scène par Emma Dante
Teatro alla Scala di Milano. 9 juin 2023.

DirettoreTOMÁŠ HANUS
RegiaEMMA DANTE
SceneCARMINE MARINGOLA
CostumiVANESSA SANNINO
LuciCRISTIAN ZUCARO
CoreografiaSANDRO MARIA CAMPAGNA

Il PrincipeDmitry Korchak
La Principessa stranieraElena Guseva
Rusalka, ninfa dell’acquaOlga Bezsmertna
Vodník, lo spirito delle acqueJongmin Park
Ježibaba, la stregaOkka von der Damerau
Il guardiacacciaJiří Rajniš
Lo sguatteroSvetlina Stoyanova
Prima ninfa del boscoHila Fahima
Seconda ninfa del boscoJuliana Grigoryan
Terza ninfa del boscoValentina Pluzhnikova
Il cacciatoreIlya Silchukou
Muziek: 5*****
Regie: 5*****

RUSALKA

Emma Dante est une metteure en scène remarquable : en toute modestie inventive, elle se met au service des œuvres qu’elle met en scène. Jamais, elle n’impose un point de vue préalable motivé par toutes sortes de raisons esthétiques, idéologiques, sociologiques, politiques. Non, c’est l’œuvre qui la motive, c’est l’œuvre qui la stimule. Ses mises en scène sont donc chaque fois différentes. Ainsi en va-t-il de cette  Rusalka  à la Scala de Milan.

Rusalka, c’est un conte dans une lignée de contes : « La Petite Sirène », « Ondine » ou encore « Mélusine ». C’est le récit d’une métamorphose sans issue. Rusalka est une nymphe des eaux désespérément amoureuse d’un prince qui vient parfois se baigner dans son lac. Pour concrétiser son amour, elle veut devenir un être humain. Les mises en garde d’Ondin, le vieil esprit des eaux, sont impuissantes. Une vieille sorcière, Jezibaba, accepte de la métamorphoser… mais à une terrible condition : elle en deviendra muette, et si son amour est déçu, elle sera précipitée au fond des eaux, entraînant avec elle celui qu’elle a aimé. Transformée en une très belle jeune fille, elle rencontre le prince, qui est subjugué. Mais il se lasse vite de cette fiancée muette et cède aux avances de « la princesse étrangère ». Au grand désespoir de Rusalka, qui s’en retourne au fond des eaux. Le prince a compris son erreur. Ils se retrouvent. Elle le prévient du danger. Il n’en a plus cure. Il se jette dans ses bras et meurt…

Rusalka
ph Brescia e Amisano-©Teatro alla Scala

Rusalka est donc un opéra-conte à succès : cette saison, Operabase nous l’apprend, il sera à l’affiche de 38 maisons d’opéras ! Et donc l’objet de toutes sortes de mises en scène, du kitch super-kitch au regard post-moderne inspiré ; installé dans toutes sortes de scénographies et costumes.

A Milan, Emma Dante nous propose un conte que l’on peut tranquillement découvrir en famille. Les enfants y retrouvent leurs univers fantastiques contrastés, les adultes y retrouvent les bonheurs de leur enfance, mais avec le plaisir d’un jeu subtil sur les codes. Emma Dante souligne, surligne, mais avec un sourire constant. Cela est notamment bien perceptible dans les costumes (de Vanessa Sannino), les effets de lumière (de Cristian Zucaro) ou dans les interventions dansées (chorégraphiées par Sandro Maria Campagna).

Le spectateur a l’impression de tourner les pages d’un conte illustré. Les images scéniques originales et bienvenues ne manquent pas. Particulièrement, au début du deuxième acte, quand un mur d’arbres se dresse au bord du plateau, et quand on prend soudain conscience que certaines de leurs branches et de leurs souches sont en fait des danseurs. Il y a des moments souriants dans cette tragédie. Quelle terrible image aussi quand Rusalka, isolée au fond du plateau, découvre la trahison des deux autres au premier plan.

Mais nous sommes à l’opéra bien sûr, et ce qui compte, c’est comment, dans un univers visuel réjouissant, la musique d’Antonin Dvorak peut nous atteindre au mieux, et paradoxalement nous réjouir quand elle dit l’attente vaine ou le désespoir.

RUSALKA à Milan.

Manifestement, un magnifique dialogue s’est installé entre la metteure en scène et les musiciens et chanteurs. Tomas Hanus est un familier de Janacek et de Dvorak. Il obtient de l’Orchestre de la Scala qu’il « sonne tchèque » dans le ravissement des mélodies, dans le jeu délicat des nuances, dans les belles parties solistes qui composent la partition.

Quant aux solistes, ils nous réjouissent dans la mesure où ils forment une « belle équipe », dans laquelle chacun a trouvé sa juste place. Ainsi déjà, le garde-chasse (Jiri Rajnis) et le garçon de cuisine (Svetlina Stoyanova) ou encore le chasseur (Ilya Silchukou). Les trois nymphes des bois (Hila Fahima, Juliana Grigoryan, Valentina Pluzhnikova) forment un bel ensemble, dans l’espièglerie vocale comme dans la prise de conscience du drame, voix jeunes et fraîches comme leurs personnages.

Rusalka
ph Brescia e Amisano ©Teatro alla Scala

Elena Guseva nous a semblé vocalement trop marquer la méchanceté rouée de son personnage de princesse étrangère. Il y a une dureté dans son chant qui n’est pas assez modulée. Okka von der Damerau incarne une Jezibaba imposante, aux décisions sans appel, mais qui, elle, nuance son chant, même dans les instants de grande intensité. Quelle belle incarnation vocale que celle de Jongmin Park en Ondin, l’Esprit des eaux. Comme sa voix nous dit la douleur devant ce qu’il ne peut empêcher. Dmitry Korchak donne à bien vivre sa métamorphose de prince égoïste, joueur, volage, soudain rattrapé par un réel sans appel, et multipliant les déclarations tardives. Quant à Olga Bezsmertna, Rusalka, elle épouse les méandres de son rôle, du désir fou à l’accomplissement sous terrible condition, au sacrifice ultime. Elle nous offre les moments attendus de cette œuvre, ainsi notamment son « Ode à la lune ». On aimerait l’applaudir à ce moment-là… mais la musique continue.

Oui, vraiment, un beau conte si triste et si joliment illustré dans ses images scéniques et ses voix.

Stéphane Gilbart

 

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Stéphane Gilbart

REVIEWER

Based in Luxembourg, but lyrically nomadic . With eclectic tastes, and always happy with the surprises that opera continues to offer him : other soloists, another conductor, another director, just a new one, etc. Happy also to share what he lived here, there or elsewhere.

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