Barbe-Bleue. Épisode 1.

BARBE-BLEUE

Souvenirs lyriques de Barbe-Bleue

L’opéra aime les monstres et pas seulement les monstres sacrés (selon l’expression française) que sont les ténors et sopranos vedettes. On ne compte plus les personnages monstrueux, de physionomie ou d’âme, que les compositeurs font chanter sur les scènes. La figure de Barbe-Bleue, personnage popularisé par Charles Perrault au XVII° siècle, a inspiré de nombreuses œuvres lyriques. La diffusion en streaming de l’Opéra-bouffe de Jacques Offenbach Barbe-Bleue, pimpante production de l’Opéra de Lyon, a provoqué le désir de retrouver quatre de ces opéras très différents que nous avons eu la chance et le plaisir d’écouter et/ou de voir ces dernières années.  Mais remontons à la source.

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Barbe-Bleue – Opéra de Marseille 19/20

 « Il était une fois un homme qui avait de belles maisons à la ville et à la campagne, de la vaisselle d’or et d’argent, des meubles en broderies, et des carrosses tout dorés. Mais, par malheur, cet homme avait la barbe bleue : cela le rendait si laid et si terrible, qu’il n’était personne qui ne s’enfuît de devant lui. »

« Une de ses voisines, dame de qualité, avait deux filles. Il lui en demanda une en mariage. Elles n’en voulaient point toutes deux, ne pouvant se résoudre à prendre un homme qui eût la barbe bleue. Ce qui les dégoûtait encore, c’est qu’il avait déjà épousé plusieurs femmes, et qu’on ne savait ce que ces femmes étaient devenues. »

Barbe-Bleue. Épisode 1.

Tel est le début du conte de Charles Perrault. Tous les ingrédients du mythe sont là en germe. Dans l’ordre d’apparition, la richesse somptueuse, la singularité physique, la laideur associée à la terreur, le mariage, le dégoût et son opposé le désir, le mystère de la disparition des épouses. Manquent seulement les motifs de la clé tachée de sang et les portes closes. Chaque librettiste et compositeur va puiser dans ces ingrédients à sa guise.

Le premier opéra que le fameux personnage ait inspiré semble être celui de Grétry sur un livret de Sedaine Raoul Barbe-Bleue (1789). Le héros du titre n’a nulle pilosité bleutée, mais la sinistre habitude d’assassiner ses épouses.

La coquette Isaure, éblouie par la promesse de bijoux, préfère épouser Raoul que son fiancé Vergy. Déguisé en Soeur Anne, ce dernier toujours amoureux annoncera à la jeune femme devenue captive l’arrivée bienvenue de ses frères, accourant la sauver d’une mort programmée. Ainsi on peut entendre Isaure prononcer cet appel savoureux : « Vergy, ma sœur, ne vois-tu rien venir ? ». La mort de Raoul scellera le mariage des amants. Deux genres cohabitent, la fantaisie, voire la comédie (inconstance féminine – et masculine ! – , séduction, travestissement, transposition burlesque) et le drame, l’effroi (menace de mort, vision d’horreur, mort du monstre).

Barbe-Bleue de Grétry – Centre de musique baroque de Versailles

C’est sans doute ce climat mêlé qui a impressionné le petit Richard Wagner quand âgé de 5 ans il a entendu l’opéra de Grétry : « cette pièce était la première que gamin de cinq ans j’avais vue au théâtre à Dresde. J’en avais gardé un souvenir merveilleux (…) Je me rappelais l’emphase avec laquelle, un chapeau en papier de ma propre fabrication sur la tête, et au grand amusement de toute la maison je déclamais l’air de Barbe-Bleue « Perfide tu l’as ouverte ».  Cet air plein de rage et de fureur, propre à exciter la sensibilité d’un enfant, voit  Raoul (une basse) menacer sa femme trop curieuse après qu’elle a ouvert la porte derrière laquelle gisent les épouses tuées. Un récent enregistrement dû au Centre de musique baroque de Versailles (2019) remet à l’honneur cette partition composite.

À suivre…
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Jean Jordy
Jean Jordy

REVIEWER

Jean Jordy, professeur de Lettres Classiques, amateur d'opéra et de chant lyrique depuis l'enfance. Critique musical sur plusieurs sites français, il aime Mozart, Debussy, Rameau, Verdi, Britten, Debussy, et tout le spectacle vivant.

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