Barbe-Bleue. Épisode 2.

BARBE-BLEUE

Souvenirs lyriques de Barbe-Bleue

L’opéra-bouffe d’Offenbach est l’héritier direct de celui de Grétry. Son Barbe-Bleue  (livret de Meilhac et Halévy) date de 1866. La récente production signée Laurent Pelly (Lyon,  Marseille) a fait redécouvrir une partition preste, un livret bien troussé, et un héros dont les appétits sexuels et criminels sont in fine déjoués. Barbe-Bleue vient d’épouser la belle Boulotte (rôle créé par Hortense Schneider) , corps et cœur généreux. Mais il s’en lasse vite, désireux d’épouser la fille du Roi Bobèche. Au moment de succomber à un faux poison, Boulotte se réveille et découvre que les précédentes épouses sont bien vivantes, sauvées par le serviteur zélé de son mari qui a bien profité de leurs charmes.

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Barbe-Bleue – Opéra de Marseille 19/20

Le héros confondu et gracié se consolera avec Boulotte, magnanime mais en éveil. Est visible jusqu’en septembre 2021 sur la Chaîne Culture Box (accès gratuit après simple inscription) la mise en scène de Pelly et nous laissons aux curieux la joie de découvrir les péripéties du livret et les trouvailles dramaturgiques (décors inventifs, costumes colorés, jeu d’acteurs trépidants, chœur savoureux, interprétation pétillante, orchestre pimpant) de ce spectacle tonique. Musicalement, nous retenons la ritournelle du héros : « Je suis Barbe-Bleue, ô gué, Jamais veuf ne fut plus gai » et le chœur des courtisans veules et obséquieux. Il n’a rien perdu de son insolente actualité : « Qu’un bon courtisan s’incline ». Existe aussi sur You Tube une version de l’Opéra de Rennes avec l’excellent ténor Mathias Vidal.

Sophie Koch, phénoménale Ariane

Il est des découvertes sidérantes. Quand une partition mal connue rencontre un metteur en scène et une interprète, un rôle comme conçu pour elle. Ainsi de la production du Capitole de Toulouse en avril 2019 de l’opéra de Paul Dukas, Ariane et Barbe-Bleue. Signée Stefano Poda, elle fait évoluer la mezzo française Sophie Koch, phénoménale Ariane, dans un splendide décor blanc au fond de scène de bas relief sculpté. Le spectacle est  accessible à la fois sur You Tube et sur la plate forme de Culture Box. Dans ce drame le mythe croise le conte cruel. Une foule hostile, haineuse accueille le carrosse du héros amenant sa nouvelle épouse Ariane. Négligeant les clés autorisées qui donnent accès à des trésors fastueux, avec la clé d’or interdite, la jeune femme ouvre la porte du souterrain où languissent les cinq épouses précédentes.

Barbe-Bleue. Épisode 2.
Sophie Koch, phénoménale Ariane

Brisant les vitres noires qui obstruent le cachot, elle fait entrer une lumière radieuse et avec elle la promesse de liberté. Alors qu’à la fin de l’œuvre, Barbe Bleue est fait prisonnier par les paysans révoltés, Ariane quitte le château sans qu’aucune des femmes délivrées ne la suive. Le livret est emprunté à la pièce de Maeterlinck (1899) initialement promis à  Edward Grieg : une des épouses de Barbe Bleue se nomme … Mélisande.

Ariane et Barbe-Bleue, Paul Dukas

Dukas compose pour son opéra (1907) une musique somptueuse, éblouissante comme dans la scène de l’irruption de la lumière, ou dans « l’air  des bijoux » que constitue le magnifique « Ô, mes clairs diamants ». On aime le personnage de l’héroïne, détachée d’un Barbe Bleue épisodique, et tentant vainement de tracer dans le labyrinthe de la psyché de ses compagnes un chemin vers l’émancipation. Il faut pour porter à bout de bras ce rôle gigantesque une grande mezzo dramatique et Sophie Koch reste à jamais cette Ariane lumineuse qui fait de la résistance un principe vital : « D’abord, il faut désobéir, c’est le premier devoir quand l’ordre est menaçant et ne s’explique pas ».

À suivre…
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Évaluation de l'article
Jean Jordy

REVIEWER

Jean Jordy, professeur de Lettres Classiques, amateur d'opéra et de chant lyrique depuis l'enfance. Critique musical sur plusieurs sites français, il aime Mozart, Debussy, Rameau, Verdi, Britten, Debussy, et tout le spectacle vivant.

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