Jonas Kaufmann : trouvez une solution !

Que vive, que revive le spectacle vivant : les déclarations de Jonas Kaufmann

L’Espagne reste un des seuls pays d’Europe (avec Monaco) qui a gardé ouvertes ses salles de spectacle en respectant un protocole sanitaire strict. Sous le titre Estrellas de la Ópera (Étoiles de l’Opéra) le Théâtre Royal de Madrid proposait mi-janvier trois concerts consécutifs. Joyce DiDonato chantait le 13, Javier Camarena le 15. Entre les deux, Jonas Kaufmann accompagné du pianiste Helmut Deutsch officiait dans un programme varié de lieder comprenant des œuvres d’une quinzaine de compositeurs, de Mozart à Zemlinsky, de Schubert à Mahler, de Wolf à Dvorak.

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Malgré la qualité de la prestation et son vif succès, ce n’est pas ce qu’on retiendra de ce court séjour madrilène. Lors d’une conférence de presse commune avec ses collègues, puis à l’issue du concert dans un entretien à l’Agence France Presse (AFP), le ténor allemand a tenu des propos, sensibles et généreux qui ont été repris par des dizaines de journaux et magazines. C’est la preuve de leur intérêt… et de la portée des prises de parole de Jonas Kaufmann.

Le chanteur se retrouvait devant un public pour la première fois depuis son dernier concert le 29 novembre à Aalborg, au Danemark. Plaidant pour la survie de l’art vivant, il a abordé trois problèmes majeurs liés aux conséquences de la pandémie : l’indispensable présence du public, les risques financiers et psychologiques de la crise sanitaire chez les artistes, la nécessité urgente pour les politiques de trouver les solutions qui permettraient la réouverture rapide et sûre des lieux de culture.

« Pour moi qui suis toujours en tournée toute l’année, j’ai l’impression que ça fait une éternité que je n’ai pas eu un public en face de moi » a confié le ténor allemand. « Ils sont là et c’est ce qui compte, même s’il y a dix mètres entre moi et le premier rang ! ». Et il a étendu ses propos à tous les acteurs du spectacle vivant. Quand on chante ou on joue devant des salles vides, « ce qui nous manque (…)  c’est cette connexion. Peu importe que les gens portent des masques. Je sentirai sans doute même leur présence derrière un rideau ».

L’aveu s’est prolongé par ce que la presse française qualifie de cri du cœur :
« Normalement, il y a les applaudissements et après on se détend, on commence à sourire et tout va bien. Mais quand vous n’avez que le silence éternel, que pouvez-vous faire ? C’est gênant. […]. Public, nous avons besoin de vous et nous avons de vous plus que jamais !»

S’avouant privilégié, le célèbre ténor a parlé avec pudeur du drame que vivent, dans l’isolement et le silence, tous ceux que les directeurs de théâtre ne contactent plus, faute de perspective. Sans subvention, sans aide, du moins dans plusieurs pays, ils vivent des situations dramatiques : « Ce n’est pas facile d’évoquer ceci en public, mais je connais un certain nombre de suicides dans notre famille des musiciens, où ils ne voient aucun futur ».

Kaufmann a souligné le caractère inédit de cette crise, son ampleur historique et a plaidé pour la recherche de solutions à court terme. Dénonçant « l’erreur » que constitue à ses yeux, tant pour les acteurs du théâtre vivant que pour le public, la fermeture des lieux culturels, il a lancé un appel aux autorités : « Nous ne sommes pas politiciens (…) nous ne sommes que des voix, et nous avons besoin des autres pour nous aider à créer quelque chose pour qu’à la fin de tout ça, et j’espère qu’il y aura une fin, nous trouvions un paysage culturel similaire à celui que nous avons laissé quand cette crise a commencé ».

Jean JORDY


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Jean Jordy

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Jean Jordy, professeur de Lettres Classiques, amateur d'opéra et de chant lyrique depuis l'enfance. Critique musical sur plusieurs sites français, il aime Mozart, Debussy, Rameau, Verdi, Britten, Debussy, et tout le spectacle vivant.

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