WOZZECK à Toulouse

    Wozzeck au Capitole :
casting de rêve pour un cauchemar macabre

Opéra d’Alban Berg en trois actes. 1922. Libretto du compositeur, d’après la pièce Woyzeck de Georg Büchner. Première représentation au Staatsoper de Berlin, le 14 décembre 1925.
Vue le dimanche 21 novembre par Julien Delhom (au Théâtre du Capitale Toulouse).

Wozzeck : Stéphane Degout
Marie : Sophie Koch
Le Tambour-Major : Nikolai Schukoff
Andres : Thomas Bettinger
Le Capitaine : Andres Wolfgang Ablinger-Sperrhacke
Le Médecin : Falk Struckmann
Margret : Anaïk Morel
Premier Ouvrier : Matthieu Toulouse
Deuxième Ouvrier : Guillaume Andrieux
Un Idiot : Kristofer Lundin
L’Enfant de Marie : Dimitri Doré
Orchestre national du Capitole
Chœur et Maîtrise du Théâtre du Capitole
Direction musicale : Leo Hussain
Mise en scène : Michel Fau

Musique : 5*****
Mise en scène : 4****

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C’est devant un théâtre quasi-complet que s’est joué le Wozzeck d’Alban Berg au  Capitole de Toulouse ce dimanche 21 novembre. Il est fort probable que le public nombreux ait été attiré moins par l’œuvre elle même, réputée difficile, que par un casting de stars tant françaises qu’internationales, dont deux grandes prises de rôles pour Marie et Wozzeck. On retrouve l’iconique Michel Fau à la mise en scène qui après Ariadne à Naxos et Elektra, poursuit pour la troisième saison consécutive sa collaboration avec le Capitole.

Le décor centré sur un lit de fer, élément constant au fil des actes, est suffisamment concis pour ne pas parasiter le drame mais se développe par moment pour offrir de grands moments d’intensités. On notera en particulier les émanations figuratives du lièvre, du lézard et de l’ange, se déployant toujours parfaitement sur la musique, qui caractérisent les chimères de la folies et des angoisses des personnages plus qu’elles n’illustrent leurs propos absurdes.

Wozzeck
Wozzeck - Nicolai Schukoff (Le Tambour-Major), Stéphane Degout (Wozzeck) - crédit Mirco Magliocca

On remarquera ce même travail  rigoureux sur le phrasé musical dans les mouvements de chœur et souvent également dans la direction d’acteur, montrant l’importante synergie entre la fosse et la scène. Le résultat en est des plus poignants, ayant sur le public, l’effet de sidération probablement voulu par Berg. Il faut d’ailleurs noter la quasi absence d’applaudissements entre les actes, non pas liée à une quelconque protestation ou désintérêt du public mais à sa fascination pour ce chaos de personnages tantôt loufoques tantôt déments. Personne n’est épargné et même les institutions les plus respectées sont cruellement moquées : l’armée sous le personnage du Capitaine et la médecine sous personnage le du Docteur.

La musique atonale de Berg déconstruit le personnage comme le faisait le pinceau d’Egon Schiele quelque temps avant lui. Et qui de mieux pour la servir, que le chef d’orchestre Leo Hussain, véritable spécialiste de ce répertoire ?

Wozzeck
Wozzeck - Sophie Koch (Marie) - crédit Mirco Magliocca
Wozzeck
Wozzeck - Stéphane Degout (Wozzeck) - crédit Mirco Magliocca

Chaque note semble être à sa place exacte et si il avait pu paraître un peu trop rond dans ses précédentes interprétations avec l’orchestre du capitole, à savoir, La Ville Morte de Korngold il y a deux saisons et surtout son récent enregistrement (par ailleurs excellent) de La Princesse Jaune de Saint Saens, ce défaut n’est absolument pas perceptible sur cette partition.

Stéphane Degout est un Wozzeck formidable. Il le chante d’une voix précise et sûre tout du long, incarnant ses faiblesses et inspirant  au public la plus grande compassion. Son Allemand est en outre très correct. Il affirme une nouvelle fois qu’il a toute sa place au premier rang des barytons français. Sophie Koch brille par son jeu d’actrice. Elle interprète une Marie tout en contraste malgré des difficultés de chant, en particulier au premier acte où l’on a pu entendre des aigus acides et un timbre parfois serré. Falk Struckmann incarne la dérision de la médecine avec brio et ne semble avoir rien perdu de sa magnifique voix. Nikolai Schukoff semble on ne peut plus à l’aise dans son rôle et séduit avec la plus grande facilité aussi bien Marie que son public. Peut être une petite déception du coté du Capitaine de Wolfgang Albinger-Sperrhacke qui semblait souffrir de surjeu.

Wozzeck
Wozzeck - Stéphane Degout (Wozzeck), Sophie Koch (Marie) - crédit Mirco Magliocca

Une des prestations, pourtant quasi-muette, les plus remarquables de cette représentation fut celle de Dimitri Doré, dans le rôle de l’Enfant, véritable fil rouge de cette production. Sa présence scénique est indéniable que ce soit en mezzo ou en plein jeu. Son omniprésence éthérée figure avec le lit de fer, le concept de rêverie voulu par Michel Fau pour emballer cette œuvre. Mais une chose est sûre, le public lui ne se sera pas assoupi !

Julien Delhom

WOZZECK à Toulouse
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Julien Delhom

REVIEWER

Dental surgeon in Toulouse. An ardent defender of stagings respecting the intention and the writing of the composers and their librettists.

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