WERTHER à Marseille

Grand retour de Werther à l’opéra de Marseille

WERTHER, opéra en 4 actes de Jules Massenet. Livret de Edouard BLAU, Paul MILLIET et Georges HARTMANN d’après le roman de Goethe. Création à l’Opéra de Vienne, le 16 février 1892. Dernière représentation à l’Opéra de Marseille, le 27 novembre 1998. Vu : première, le 15 mars 2022.

Direction musicale : Victorien VANOOSTEN ; Mise en scène Bruno  RAVELLA ; Charlotte : Antoinette DENNEFELD; Sophie : Ludivine GOMBERT; Kätchen : Emilie BERNOU; Werther :  Thomas BETTINGER; Albert : Marc SCOFFONI ; Le Bailli : Marc BARRARD ; Johann : Jean-Marie DELPAS ; Schmidt : Marc LARCHER ; Bruhlmann : Cédric BRIGNONE ; Orchestre de l’Opéra de Marseille ; Maîtrise des Bouches-du-Rhône

Musique : 4*
Mise en scène : 4*

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Après une Walkyrie remarquée et remarquable, ayant mis en avant de grandes voix françaises ainsi qu’une Brunnhilde parmi les plus demandée internationalement, Werther revient à l’opéra de Marseille avec une distribution certes plus confidentielle mais qui n’aura pas démérité. Ce retour était d’autant plus attendu que Werther n’avait pas été donné à l’opéra de Marseille depuis plus de vingt ans.

Élégante mise en scène

Il est présenté ici dans une élégante mise en scène de Bruno Ravella qui avait été initialement créée pour l’opéra de Nancy et fut déjà reprise entretemps, notamment à Montpellier. Le décor, conçu par Leslie Travers, est principalement constitué de murs peints de fresques naturalistes ainsi que d’un plafond amovible permettant d’ouvrir l’espace et de même donner une illusion d’extérieur lors du deuxième acte. Quelques meubles viendront s’ajouter, notamment un piano et un cabinet au troisième acte. L’ensemble fonctionne plutôt bien, d’autant plus que les lumières de Linus Fellbom viennent transcender ce décor pour l’adapter aux sentiments des personnages. Ce procédé était d’ailleurs très en vogue vers la fin de la période romantique de l’opéra dont Werther est issus. Un travail pertinent de jeu d’ombres a également été réalisé, permettant d’introduire progressivement les personnages dans la maison d’Albert au troisième acte. On pourra en revanche, reprocher une obscurité un peu trop marquée au quatrième acte (la mort de Werther) qui limite légèrement la poésie du moment. En plus des décors, Leslie Travers signe également les costumes. Ceux-ci s’avèrent seyants, relativement colorés et de très bon goût tout en évitant les excès inutiles. Le spectateur s’immerge donc sans peine dans cette bourgeoisie allemande du 18ième siècle.

Werther
©Christian DRESSE 2022

La direction d’acteur est également qualitative. Le jeu est vivant, le plus souvent crédible et permet une dynamique dans l’action sans jamais tomber dans l’écueil des actions parasites. La gestion des placements et des déplacements est équilibrée. Bruno Ravella fait ainsi preuve d’un grand sens théâtral. Ce sens dramatique est également présent chez les chanteurs, en particulier Antoinette Dennefeld, véritable étoile montante des scènes lyriques françaises dont le jeu est tout à fait convaincant. Charlotte est un rôle exigent et elle a su l’exécuter avec brio, se montrant aussi à l’aise dans les aigus que dans les graves. Son duo avec Sophie au troisième acte est sublime et surement un des moments, voire le moment le plus remarquable de cette production. Cela nous emmène donc à la Sophie de Ludivine Gombert dont la voix claire et cristalline est parfaite pour le rôle. Elle sait faire briller son personnage (qui par ailleurs peut être vite oublié lorsqu’il est interprété de façon moins convaincante) et se montre plus qu’à la hauteur de son rôle.

Werther
©Christian DRESSE 2022
Werther

Thomas Bettinger est surement le chanteur le plus fameux de cette distribution. C’est un véritable plaisir de l’entendre chanter en français, en particulier pour sa technique de diction (par exemple la prononciation de ses [r]) qui a le don de sublimer notre belle langue et n’est à certains égard pas sans rappeler celle d’Alagna voire des anciens chanteurs des années 50. Vocalement par contre c’était un peu plus mitigé. Werther est un rôle qui nécessite des aigus prompts et puissants et il faut admettre que lors des deux premiers actes ceux-ci paraissaient souvent difficiles, parfois même pas ou peu audibles. Quelle qu’en soit la cause, (trac ? manque d’échauffement ?) après l’entracte le problème fut quasi-totalement dissipé et la fin de la représentation fut tout à fait admirable. La différence fut particulièrement parlante en comparant ses deux airs principaux « O nature pleine de grâce » qui fut relativement laborieux et « pourquoi me réveiller » qui a ému tout le public. Marc Scoffoni fait un Albert très subtil, emporté par la jalousie mais surtout affligé par un amour qu’il sait non partagé. Le Bailli de Marc Barrard, de sa voix chaude, instille la joie et l’entrain nécessaire à la dynamique initiale de l’œuvre.  La maîtrise des Bouches du Rhône se montre d’un très haut niveau, extrêmement coordonnée et délivrant un français impeccable. On comprend précisément chaque mot sans le moindre effort et c’est suffisamment rare dans les cœurs actuels pour être souligné. L’orchestre de l’opéra de Marseille sous la baguette de Victorien Vanoosten qui le dirige avec une grande précision, parfois de manière quelque peu contemplative, insuffle de belles couleurs à l’œuvre et fait la part belle aux riches effets orchestraux que compte la partition, par moment cependant, en particulier durant le premier acte, au détriment de la tension dramatique que doit insuffler la musique de Massenet.

Werther
©Christian DRESSE 2022

Après un commencement légèrement poussif (en partie à cause d’un orchestre un peu trop détaché du drame et en partie à cause de quelque faiblesse temporaire dans le rôle-titre), le Werther de l’opéra de Marseille a réussi au cours de la représentation à s’imposer pleinement. Servie par une distribution engagée, enveloppée dans le très bel écrin scénographique de Leslie Travers et rendue crédible par une direction d’acteur à la fois dynamique et convaincante, cette production marque le succès du retour de Werther à Marseille et aura certainement fait passer au public un moment des plus émouvants.

Julien Delhom

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Julien Delhom

REVIEWER

Dental surgeon in Toulouse. An ardent defender of stagings respecting the intention and the writing of the composers and their librettists.

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Aly brarymi
Aly brarymi
2 mois il y a

Excellent 👌🏽

Aly brarymi
Aly brarymi
2 mois il y a

Excellente critique!

Dernière modification le 2 mois il y a par Aly brarymi