La Foire de Sorotchyntsky (Сорочинская ярмарка), opéra inachevé de Modeste Moussorgsky, d’après la nouvelle éponyme de Nikolay Gogol, partition terminée par Nicolas Tcherepnine. Créée dans une version avec dialogues parlés le 8 octobre 1913 à Moscou. A partir de 1917, l’opéra fut joué dans la version complètement chantée. Représentation à l’Opéra Bolshoi (Boris Pokrovsky Chamber Stage) de Moscou, le 12 novembre 2019 dans la version complétée par Vissarion Shebalin.

Cherevik: German Yukavsky
Khivrya: Irina Berezina
Parasya : Marianna Asvoynova
Le parrain: Roman Shevchuk
Gritsko: Alexander Chernov
Afanasy Ivanovich: Pavel Paremuzov
Le bohémien: Azamat Tsaliti

Muziek:
Regie:

Toujours d’après un texte de Gogol (voir précédent article sur Le Révizor), le public moscovite a la chance de pouvoir assister à une représentation de la comédie malheureusement inachevée de Moussorgski, La foire de Sorotchinsky, dans une version complétée entre autres par son contemporain et ami, César Cui.

Dans un marché, un cosaque demande la main d’une jeune fille à son père; il ne l’obtiendra de la mère qu’avec l’aide d’un Tzigane, qui se servira de la peur des paysans pour le diable en veste rouge, en échange d’un coup de main pour vendre son bétail.

La Foire de Sorotchyntsky
Tatiana Koninskaya (Parasya) & Igor Vyalykh (Grytsko) (Photo: Vladimir Mayorov/ Bolshoi Theatre)

Écrite en même temps que la Khovantchina, on décèle immédiatement les recettes mélodiques qui ont fait le succès de Moussorgski: changements brusques de rythme, airs folkloriques fondus dans la partition, scintillements des cordes, volutes des flûtes, grondements des percussions, pizzicati à pas de loup, etc. L’ouverture, particulièrement belle, évoque lointainement le voyage de Galitsyne dans la Khovantchina, tandis que l’action générale semble un développement prolongé de la scène de la Taverne de Boris Godounov.

La conduite musicale du jeune chef d’orchestre Alexei Vereshchagin est particulièrement soignée. Sérieux et concentré au milieu de chanteurs et de musiciens goguenards tout au long du spectacle, il prête une attention particulière aux changements de rythme, et expose avec brio les qualités musicales des quelques pages orchestrales écrites par Moussorgski.

Dans une salle judicieusement transformée en marché à ciel ouvert, où la scène et l’orchestre se trouvent au milieu des spectateurs, le désopilant German Yukavsky incarne magistralement le rôle de Cherevik. A la fois bon acteur et excellent chanteur, armé d’un coffre digne d’un forain et très agile pour passer d’un registre à l’autre, il est redoutable lorsqu’il déclame à tue-tête son ivresse (“doudou, roudoudou”).

La Foire de Sorotchyntsky
Olga Deyneko-Boston (Khivrya) & Vitaly Rodin (Afanasy Ivanovich) (Photo: Vladimir Mayorov/ Bolshoi Theatre)

Le ténor Alexander Chernov incarne un cosaque fougueux, dont les élans amoureux prennent souvent des accents conquérants. A la fois puissant et lyrique, il apporte à cette comédie dominée par l’atmosphère de marché une dimension plus poétique. On remarque aussi la soprano Irina Berezina dans le rôle de Khivrya, dont les talents se révèlent dans les scènes plus “réflexives”, notamment celle qui précède la visite du petit pope.

Avec ses citrouilles suspendues, ses oies dans des bocaux et ses toits de chaume, la mise en scène de Boris Pokrovsky ne craint pas l’excès de folklore, ce qui convient parfaitement à cette œuvre assez invraisemblable, dont la partition, maillée de morceaux remarquables, est justement ressuscitée par le Bolshoi.

 

Max Yvetot

(publié le 14 novembre 2019)


Max Yvetot
Max Yvetot

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Curious opera buff. Favourite composers are Wagner, Debussy and Moussorgsky. Increasingly interested in contemporary opera.

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