Il viaggio a Reims ossia L’albergo del giglio d’oro (Le Voyage à Reims ou l’Hôtel du Lys d’or), opéra bouffe de Gioacchino Rossini sur un livret de Luigi Balocchi, inspiré du roman Corinne ou l’Italie de Mme de Staël, créé le 19 juin 1825 au Théâtre-Italien à Paris. Représentation à l’Opéra Bolshoi de Moscou le 9 octobre 2019.

Corinna: Guzel Sharipova
La Marchesa Melibea: Elena Maximova
La Contessa di Folleville: Albina Shagimuratova
Madama Cortese: Anastasia Kalagina
Il Cavaliere Belfiore: Alexei Tatarintsev
Il Conte di Libenskof: Shanul Sharma
Lord Sidney: David Menéndez
Don Profondo: Andrii Goniukov
Il Barone di Trombonok: José Fardilha
Don Alvaro: Igor Golovatenko
Don Prudenzio: Alexander Borodin
Don Luigino: Bekhzod Davronov
Delia: Anna Khrapko
Maddalena: Elena Novak
Modestina: Maria Patrusheva

Direction musicale: Tugan Sokhiev
Mise en scène: Damiano Michieletto

 

Muziek:
Regie:

L’enjeu principal du Voyage à Reims, outre l’absence de cheval pour conduire les voyageurs au sacre de Charles X, est qu’il nécessite la participation de quatorze solistes, qui ont chacun leur numéro. Le Théâtre du Bolshoi a eu l’audace de programmer cet opéra moins connu de Rossini dans une mise en scène de Damiano Michieletto qui, à l’instar de la troupe internationale de solistes, a voyagé depuis 2015 à Amsterdam, Copenhague et Sidney avant d’arriver à Moscou.

David Menéndez (Lord Sidney) Photo Damir Yusupov/ Bolshoi Theatre

Si certains ont vu dans Le voyage à Reims un opéra sur l’opéra tant l’intrigue semble n’être qu’un prétexte pour dérouler une succession d’airs, l’intérêt de ce spectacle réside justement dans la transposition opérée par la mise en scène qui dédouble la dimension artistique, faisant du couronnement du roi l’exposition d’une peinture, de l’auberge un musée en chantier (dont le décor interagit joliment avec les ors de la scène principale du Bolshoi), et du groupe de voyageurs une troupe d’artistes.

L’intrigue, un peu bancale, est ainsi complétée par les frasques des personnages, qui jouent ou sur-jouent leur rôle sur scène, parodiant les tableaux affichés de Picasso, de Velasquez ou de Keith Haring, ou admirant des statues animées qui dansent au son caressant d’une harpe.

Le long acte que dure l’opéra est divisé en deux décors, le premier dans les coulisses agitées du musée, le deuxième dans le cadre d’un tableau, qui va se dessiner sous les yeux du public, celui du sacrement du roi, et qui sera précédé par une rimbabelle de numéros.

Si exigeant soit-il, le défi musical est relevé, malgré quelques petits flottements, grâce à l’excellente prestation de certains solistes, qui portent la troupe et magnifient les airs collectifs. Avec sa voix enlevée et enveloppante, Albina Shagimuratova campe une Comtesse de Folleville très joueuse. « Diva » aux sens propre et figuré, elle sublime les premières scènes avec autant de puissance que de nuances. Hésitant au commencement, ralenti par certains chanteurs en difficulté dans les passages les plus rossiniens où la diction devient frénétique, l’orchestre stabilise justement son rythme dans ces deux scènes. Le climax de la soirée est atteint quelques scènes plus tard, lors de l’air « Non pavento alcun periglio », dont la mélodie balancée mime le voyage en carriole qui n’a pas lieu, et qui est introduit par le très bon ténor Shanul Sharma dans le rôle du comte de Libenskof. On soulignera également la rondeur, la netteté du chant, ainsi que le timbre floral de Guzel Sharipova (Corinne) dans les airs qui clôturent le spectacle.

Il Viaggio a Reims
Bekhzod Davronov (Don Luigino) & Albina Shagimuratova (Contessa di Folleville) Photo Damir Yusupov/ Bolshoi Theatre

Si les protagonistes ne se rendent jamais à Reims, la partition de Rossini, parsemée de morceaux inspirés des pays des protagonistes, est en elle-même un voyage musical: Espagne, Angleterre, Italie, Russie, Allemagne, etc. L’orchestre passe avec aisance d’un univers à l’autre, et s’approprie les multiples registres de l’œuvre, exagérant le drame avec les pizzicati des violons ou sublimant les passages des solistes avec de voluptueuses mélodies des flûtes ou de la harpe.

Cette représentation du Voyage à Reims au Bolshoi n’est qu’une des nombreuses démonstrations du bienfondé d’avoir ressuscité cette partition, victime dans les années 1970 d’un oubli vieux de plus de cent ans…

Max Yvetot

(publié le 10 octobre 2019)

 

 

 

 

Photos Damir Yusupov/ Bolshoi Theatre

Max Yvetot
Max Yvetot

Reviewer

Curious opera buff. Favourite composers are Wagner, Debussy and Moussorgsky. Increasingly interested in contemporary opera.

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