Une journée d’Ivan Denissovitch est un opéra d’Alexandre Tchaikovski (en russe : Александр Чайковский), un compositeur et pianiste russe, né le 19 février 1946 à Moscou. Représentation au Bolshoi (Chamber Scene) à Moscou, le 21 septembre 2019. Livret d’Alexandre Tchaïkovski et Georgy Isahakyan d’après le roman du même nom par Alexandre Soljenitsyne. 
 

Alyoshka, the Baptist : Mikhail Yanenko
The Tartar : Ulyana Razumnaya
Ivan Denisovich Shukhov : Zakhar Kovalyov
Warder: Anatoly Zakharov
Kolya, orderly : Vasily Gafner
Pavlo : Alexei Prokopyev
Tyurin, foreman : Kirill Filin
Volkovoy, lieutenant : Alexei Morozov
Captain Buyanovsky : Alexander Polkovnikov
Fetyukov : Vitaly Rodin
Tsezar Markovich : German Yukavsky
Shukhov’s wife : Anna Bauman
Jan Kildigs : Alexei Sulimov
KH-123 (Pyotr Mikhalych) : Vasily Sokolov
Senka : Vasily Matveev
The CO : Alexandr Kolesnikov
Der, overseer : Maria Patrusheva
Girls : Irina Khruleva, Alexandra Nanoshkina, Anna Semenyuk
Wardens : Stanislav Davydov, Yaroslav Radivonik

Chef d’Orchestre: Ignat Solzhenitsyn
Mise en scène: Georgy Isahakyan

 

Musique:
Mise en scène:

Les Moscovites devaient choisir samedi soir entre le festival de lumière  Kroug Svieta  (Круг света) et la reprise sur la «troisième scène» du Bolshoi (камерная сцена) d’Une journée dans la vie d’Ivan Denisovich (Один день Ивана Денисовича), adapté du roman de Soljenitsyne par Alexandre Tchaikovski, dont la programmation avait été prévue en décembre 2018 pour célébrer les cent ans de la naissance du plus célèbre des dissidents soviétiques.

Ivan Denisovich
Kirill Filin as Warder, Alexei Morozov as lieutenant Volkovoy. Photo by Vladimir Mayorov/ Bolshoi Theatre

Une journée dans la vie d’Ivan Denisovich, inspiré par Le dernier jour d’un condamné de Victor Hugo, raconte les épreuves, physiques et morales, ainsi que les humiliations subies par les prisonniers des camps soviétiques, à travers la journée courte et pourtant interminable de l’un d’entre eux. Publié en 1962, ce roman a connu un retentissement considérable car il a révélé l’existence de camps en URSS et il constitue la première œuvre littéraire sur le goulag. L’atmosphère était d’autant plus solennelle samedi soir que l’orchestre, composé d’une quinzaine d’instrumentistes, était dirigé par le fils-même d’Alexandre Soljenitsyne, Ignat Soljenitsyne, qui vit aux Etats-Unis.

La musique d’Alexandre Tchaikovski (qui, lui, n’a aucun lien de parenté avec le plus célèbre Piotr Ilitch Tchaikovski), tonale mais grinçante, semble inspirée par les symphonies les plus sombres de Chostakovitch. La partition alterne entre des mélopées étirées, distendues, rendues glaçantes par les sifflements des cordes, et des mélodies circulaires, hypnotisantes, qui éclatent par moments avec fracas. Une harpe fantômatique évoque le son de la neige qui tombe dans ce jour presque privé de lumière. Il y a de fréquents changements de rythme, mais la pâte sonore reste uniformément sinistre. Ignat Soljenitsyne, très impliqué, conduit de façon précise, sans fioriture.

Dans l’ensemble, on est davantage ému par la performance du choeur, où la palette de couleurs musicales est plus diversifiée, que par celle des solistes, souvent monochrome. Le chant des prisonniers prend presque toujours la forme d’une lamentation. Les scènes sont pourtant belles, notamment la lecture d’une lettre écrite par la femme d’un prisonnier, où les mots d’amour sont atrocement absents. Quelques passages sont délicatement parfumés de religiosité, et le chant traînant d’un soldat rappelle lointainement certains airs de Boris Godounov, comme la scène au premier acte où le tsar se plaint de voir le même rêve revenir sans cesse. Parmi les chanteurs, on remarquera la prestation de Zakhar Kovalyov dans le rôle d’Ivan Denisovich Shukhov, très émouvant dans la scène finale, lorsque le héros dresse le bilan de sa journée. Le compositeur ménage quelques rares moments de répit, par exemple lorsque les hommes et les femmes prisonniers tombent dans l’absurde et chantent avec entrain des noms administratifs le sourire aux lèvres, ou lorsque les cuivres ou l’accordéon entonnent des notes jazzy ou fanfaronnantes.

Ivan Denisovich
A scene from the performance. Coupe. Irina Khruleva, Alexandra Nanoshkina, Anna Semenyuk as students from Leningrad. Photo by Vladimir Mayorov/ Bolshoi Theatre.

La discrète mais élégante salle de spectacle, où peuvent s’asseoir environ cent personnes, était samedi soir transformée en prison : douze ampoules jaunes flottaient au-dessus du public, et des soldats en manteaux fourrés déambulaient sur le balcon filant bardé de barbelés. La mise en scène de Georgy Isahakyan était fidèle à l’oeuvre et au contexte historique : les prisonniers, entassés sur d’étroits lits, étaient vêtus de blouses en toile épaisse. On retiendra la scène du départ des prisonniers pour la carrière à la fin du premier acte, dont les silhouettes noires vacillaient dans la brume.

En sortant de la troisième scène du Bolshoi, plongée dans la pénombre pendant les deux heures que durait le spectacle, il était déroutant de retrouver les lumières festives dont sont déjà décorées les rues de Moscou, où l’hiver ne fait que commencer.

 

Max Yvetot
(publié le 23 septembre 2019)

 

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Max Yvetot
Max Yvetot

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Curious opera buff. Favourite composers are Wagner, Debussy and Moussorgsky. Increasingly interested in contemporary opera.

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Elise Friede

Très spécial à lire sur un opéra à Moscou. Merci Max YVETOT. Merci Opera Gazet.

Olivier Keegel
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🙂