I puritani (Les Puritains) est un opéra en 3 actes de Vincenzo Bellini sur un livret de Carlo Pepoli, basé sur un drame historique de Jacques-François Ancelot et Joseph Xavier Boniface (Saintine), Têtes rondes et Cavaliers. Représentation à l’Opéra Bastille, le 10 septembre 2019.

Elvira:  Elsa Dreisig
Lord Gualtiero Valton: Luc Bertin-Hugault
Sir Giorgio: Nicolas Testé
Lord Arturo Talbot: Francesco Demuro
Sir Riccardo Forth: Igor Golovatenko
Sir Bruno Roberton: Jean-François Marras
Enrichetta di Francia: Gemma Ní Bhriain

Direction musicale: Riccardo Frizza
Orchestre et Choeurs de l’Opéra national de Paris
Mise en scène: Laurent Pelly

 

Musique:
Mise en scène:

Ces derniers mois, l’Opéra de Paris a moins fait parler de lui pour son actualité lyrique  qu’administrative. I Puritani sonne la fin d’une recrée au cours de laquelle Alexander Neef a réussi à s’imposer comme futur Directeur. Passionnant… mais place à la musique maintenant !

Commencer la saison de Paris par la fin de Bellini

I Puritani est le dernier opéra composé par Bellini. Créé en 1835 au Théatre-Italien de Paris, année de la mort prématurée du prodige sicilien, le livret des Puritains est conforme au goût d’une époque où l’on aime voir les petites histoires chahutées par la Grande : Elvira (Elsa Dreisig), fille d’un partisan du clan Puritain, a été promise à Riccardo (Igor Golovatenko), colonel de Cromwell, mais aime Arturo (Francesco Demuro), appartenant au clan royaliste et fidèle aux Stuarts. Délivrée de son mariage arrangé par son oncle bienveillant Giorgio (Nicolas Testé), qu’elle considère comme un père, Elvira plonge dans la folie (« Ma tu gia mi fuggi ? ») lorsque son promis fuit la forteresse de Plymouth au bras de la Reine Henriette d’Angleterre (Gemma Ni Bhriain), alors prisonnière du beau-père (Luc Bertin-Hugault).

Les Puritains
Gemma Ní Bhriain (Enrichetta Di Francia) et Javier Camarena (Lord Arturo Talbot) Copyright: Sébastien Mathé / Opéra national de Paris

Passez sur les faiblesses du livret car elles ne vous empêcheront pas de suivre la trame narrative et excusez même les accents excessivement patriotiques de certains airs, qui ont toutefois su trouver leur public (l’hymne de Saint-Cyr a été composé à partir du duo entre Giorgio et Riccardo « Suoni la tromba »…) L’important est ailleurs et réside dans la crise de démence d’Elvira, support des vocalises aériennes du rôle de soprano (« O rendetemi la spema ») balancées par le sombre accablement du baryton et surtout des chœurs (« Ah dolor, ah terror… »). Le bel-canto avait déjà offert à la démence son lot de lyrisme, avec Norma, qui frôle l’infanticide, et Amina dans La Sonnambula, et aussi la Lucia di Lammermoor de Donizetti, créé également en 1835. Avec I Puritani, la folie devient une obssession.

Mise en scène de la folie

C’est donc sur Elvira et son enfermement mental que Laurent Pelly centre sa mise en scène. Du château, qui pourrait être une prison, on ne voit que les arrêtes, les barreaux. La robe de mariée, d’un blanc immaculé, tranche avec le gris des armures capitonnées et vire à la camisole de force lorsqu’Elvira délire. Le public, s’il chipote, pourrait reprocher à Laurent Pelly l’usage, rare mais inutile, de projecteurs et son excès d’épure qu’il avait déjà exprimé dans les décors du Barbier de Seville présenté en 2017 au Théâtre des Champs Elysées. Les interprètes, eux, peuvent le remercier.

Omniprésente sur scène, Elsa Dreisig franchit les obstacles posés par le rôle complexe et prestigieux d’Elvira avec les félicitations du public (au moins 5 Bravi au compteur). L’intensité dramatique y est et la voix de la jeune franco-danoise arrive à suivre l’esthétique déraison d’Elvira. On y croit, puis on l’applaudit.  Francesco Demuro ne souffre certainement pas de la comparaison avec Javier Camarena, avec lequel il partage le rôle d’Arturo cette saison. Sa clarté de timbre, inégalée sur scène, réveille la grande salle de la Bastille et son incroyable présence scénique convainc. Son entrée sur l’air très joli « A te o cara, o amor, talora», pendant masculin du Casta Diva de Norma, saura vous cueillir. Nicolas Testé, impeccable, sert une basse rassurante quand Elvira délire et offre un crescendo emballant quand Riccardo se défile. De mémoire de puritain, rares sont les Sir Giorgio qui ont autant convaincu. Igor Golovatenko, quatrième roue d’un carrosse rutilant, est souvent court dans les duo et statique dans ses solos.

Les Puritains
Jean-François Marras (Sir Bruno Roberton) et Igor Golovatenko (Sir Riccardo Forth) Copyright : Sébastien Mathé / Opéra national de Paris

Aux côtés de ce quatuor à la hauteur, les seconds rôles du père absent, interprété par Luc Bertin-Hugault et de la reine fugitive (Gemma Ni Bhriain) réussissent leurs apparitions furtives mais se font moins remarquer que le chœur de l’Opéra, qui une fois de plus tient parfaitement son rang. L’orchestre dirigé par Riccardo Friza livre une ouverture à l’égal des meilleurs enregistrements.

 

Évitez les Puritains si vous n’en pouvez plus de voir des Britanniques se déchirer et des mises en scènes trop dépouillées. Courez voir I Puritani pour une mise en musique et en scène réussie de la folie, pleurer avec avec Demuro, frissonner avec Teslé et mourir avec Dreisig.

Yoan Raïh (publié le 13 septembre 2019)

 

De nombreuses places restent disponibles pour les représentations du  17, 20, 25 et 29 septembre et les 2 et 5 octobre 2019.

Yoan Raïh
Yoan Raïh

Reviewer

Arriving late in the opera world, I try to catch up by listening to everything that happens in Paris. Puccini stepped up to the plate and Mozart definitely convinced me that opera has a future.

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