La Somnambule ou le « bel canto » de Florèz

La sonnambula (La Somnambule en français) est un opéra semiseria en deux actes mis en musique par Vincenzo Bellini sur un livret de Felice Romani. Créée au Teatro Carcano de Milan le , il est considéré, avec Les Puritains et Norma, comme l’un des trois chefs-d’œuvre du compositeur catanese. Diffusion 22 décembre 2020, Wiener Staatsoper (stream). Représentation du 13 janvier 2017.

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Elvino : Juan Diego Flórez
Amina : Daniela Fally
Graf Rodolfo : Luca Pisaroni
Lisa : Maria Nazarova
Teresa : Rosie Aldridge
Alessio : Manuel Walser
Un notaire : Hacik Bayvertian

Das Staatsopernorchester
Chor der Wiener Staatsoper

Chef d’orchestre : Guillermo García Calvo
Mise-à-Scène : Marco Arturo Marelli

Musique : *4,5*
Mise-en-scène : *
2,5*

L’aérienne Somnambule de Bellini peut-elle affronter sans souffrir tous les traitements inventés par les metteurs en scène ? Musicalement sans problème quand elle est servie par un ténor exemplaire.

La Somnabule
LUCA PISARONI, DANIELA FALLY. ©Wiener Staatsoper GmbH / Michael Pöhn

L’Opéra de Vienne reprend la production créée en ses murs en 2001 et qui a voyagé à Paris ou à Barcelone. Marco Arturo Marelli a dans ces mêmes lieux signé Turandot et Orest de Manfred Trojahn, Pelléas et Capriccio. Homme de théâtre complet (il assure régie, lumières et décors), il a le sens de l’espace et de la direction d’acteurs. Et une nouvelle fois les effets visuels sont superbes : le dispositif scénique impose sa rotondité esthétique et les baies vitrées ouvrent avec bonheur sur des sommets alpins puis sur une envahissante coulée de neige. Nous sommes en Suisse dans une maison de repos ou un sanatorium : on songe à l’univers de Thomas Mann et de sa Montagne magique.

LES VILLAGEOIS SONT DE RICHES PENSIONNAIRES

Le chœur se compose non de villageois mais de riches pensionnaires et commente avidement les événements comme un récit divertissant. De beau style Art Déco, une immense salle à manger sera le lieu unique de l’action. Dès lors où se déroule la supposée trahison nocturne dont on accuse la pauvre somnambule ? Au milieu de la grande pièce, lieu d’une intimité relative, on en conviendra, pour surprendre la belle enfant dans la chambre de l’hypothétique séducteur.

La jalouse Lisa devient une modeste serveuse et le pauvre Elvino un musicien au passé refoulé faisant le deuil de sa mère elle même artiste lyrique. Sa robe rouge de diva sera celle que revêtira l’héroïne lors de la réconciliation finale. Innocentée, Amina mérite enfin de remplacer la mère défunte. Dira-t-on les excès de la psychanalyse sur nos scènes ? Mais quel spectateur s’intéresse réellement au dessous de cette histoire telle que l’a rêvée Marco Arturo Marelli ailleurs plus respectueux et mieux inspiré ? Ébloui par le décor, chacun écoute les voix et la musique et c’est (presque toujours) l’enchantement.

 

La musique de Bellini est du miel pour la voix suave de Juan Diego Florèz. Tout séduit : la technique exemplaire, le souffle infini, la densité de l’étoffe vocale, l’éclat des aigus, la variété des nuances, la douceur du phrasé, la présence théâtrale, l’élégance. « Tutto è sciolto » suivi de «  Ah, perchè non posso odiarti» devient une leçon de chant, de charme et de vaillance, justement acclamée. Le bel canto trouve en cet Elvino tout son pouvoir d’émotion et sa pleine beauté. Il éclipse malgré lui la performance de Daniela Fally qui ne démérite pas sans atteindre les mêmes cimes. Sa voix est plus charnue que celle des sopranos légers habituels. Mais la technique, notamment les vocalises, apparaissent encore insuffisamment maîtrisées et le personnage manque de spontanéité. Un « Non credea mirarti » touchant couronne une interprétation d’inégale facture : en effet le rondo étincelant qui clôt l’œuvre « Ah! non giunge uman pensiero » souffre de tension et révèle les limites de la jeune chanteuse. Le couple Florèz/Fally reste attachant, physiquement et vocalement bien apparié et leurs duos équilibrés se révèlent pleins de tendresse.

La Somnabule
JUAN DIEGO FLOREZ. © Wiener Staatsoper GmbH / Michael Pöhn.

En Comte Rodolfo, Luca Pisaroni est égal à lui même: baryton basse souverain, aisance scénique, prestance, séduction. La Lisa de Maria Nazarova impose vocalement un personnage mal défini. Le final collectif de l’acte I est une vraie réussite dramatique et musicale. Les chœurs si importants dans leur rôle de commentateurs s’avèrent admirables de cohésion et d’efficacité. Et Guillermo García Calvo conduit le bel orchestre avec goût, rendant justice à la souplesse de cette musique si finement colorée.

Jean JORDY


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Jean Jordy
Jean Jordy

REVIEWER

Jean Jordy, professeur de Lettres Classiques, amateur d'opéra et de chant lyrique depuis l'enfance. Critique musical sur plusieurs sites français, il aime Mozart, Debussy, Rameau, Verdi, Britten, Debussy, et tout le spectacle vivant.

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