La somptueuse Tosca de Netrebko à Vienne

L’attrait de la production Tosca de Margarethe Wallmann est ininterrompu depuis 1958. La production acquiert un attrait symbolique supplémentaire grâce au nombre impressionnant de personnalités artistiques de renom qui se sont présentées devant le public viennois exactement dans cette conception dramaturgique, dans ces décors et dans ces costumes. La galerie d’artistes exceptionnels se poursuit avec les débuts de rôles de grands noms du public international. Pour la première fois, Anna Netrebko chante le rôle titre, Yusif Eyvazov le Cavaradossi et Wolfgang Koch le Baron Scarpia dans la « Haus am Ring ». Bertrand de Billy dirige maintenant Tosca au « Wiener Staatsoper » pour la première fois.

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TOSCA de Giacomo Puccini. Mélodrame en trois actes. 1899. Libretto de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica, d’après la pièce La Tosca de Victorien Sardou. Première représentation au Teatro Costanzi, Rome, le 14 janvier 1900. Revue du streaming : “La Tosca. Live aus der Wiener Staatsoper.” 13 décembre 2020.

Floria Tosca: Anna Netrebko
Mario Cavaradossi:  Yusif Eyvazov
Baron Scarpia:  Wolfgang Koch
Cesare Angelotti:  Evgeny Solodovnikov
Le sacristain:  Paolo Rumetz
Spoletta:  Andrea Giovannini
Sciarrone:  Attila Mokus

Chef d’orchestre: Bertrand de Billy
Mise en scène: Margarete Wallmann

Musique: *4,5*
Mise-en-scène:  *3,5*

L’Opéra de Vienne célèbre la tradition, dans le sens le plus noble du terme. La production de La Tosca conçue par Margarete Wallmann (1958) est probablement la plus ancienne que perpétue l’institution autrichienne. Celles, aussi vénérables et toujours à l’affiche, de La Bohème de Franco Zeffirelli, du Barbiere di Siviglia de Gunther Rennert, de Salomé de Boleslaw Barlog datent respectivement de 1963, 1966 et 1972. Plus de 60 ans donc pour cette Tosca  inaugurée par Karajan et Renata Tebaldi de bons et loyaux services. Une telle longévité s’explique par le respect scrupuleux du récit, une compréhension approfondie des enjeux de l’œuvre, la somptuosité des moyens (décors et costumes) mobilisés et probablement l’absence de conception renouvelée crédible. Pour animer cette production que d’aucuns ont qualifiée de muséale, l’Opéra de Vienne fait appel comme toujours à des chanteurs de haut vol pour se succéder sur la scène mythique. En cette soirée du 13 décembre, une des stars du monde lyrique investit somptueusement le rôle. Et c’est électrisant.

Tosca
Anna Netrebko (Floria Tosca) ©Wiener Staatsoper / Michael Pöhn

On reconnaît les grands artistes aussi à l’art de construire une carrière, d’évoluer avec leur voix, de choisir leur répertoire. C’est le cas d’Anna Netrebko, désormais soprano lyrique épanouie et idéale pour aborder Tosca. La stature du personnage totalement dévoué à son art et à sa passion, la diversité des émotions, l’ampleur de l’expression dramatique conviennent à cette voix d’une richesse exceptionnelle. On ne sait qu’admirer le plus : la musicalité sans faille, la conduite de la ligne, la diversité des couleurs, la plénitude vocale, la technique accomplie qui sait alléger jusqu’à des pianissimi de rêve, revêtir la moirure du velours, nourrir des graves somptueux, développer une époustouflante puissance. D’emblée, Netrebko impose sa présence : la passion heureuse et la tendresse sans mièvrerie, l’égratignure du soupçon jaloux s’expriment par une voix souple et ardente. La confrontation avec Scarpia vibre d’indignation, de saisissement devant l’horreur du marché, de douleur contenue. Son “Vissi d’arte” nourri de ces affetti s’élève comme une fervente prière dont la conclusion sur un fil relève d’un art admirablement maîtrisé. Des Tosca vues et entendues, voilà assurément une des plus accomplies.

Tosca
Anna Netrebko (Floria Tosca) & Yusif Eyvazov (Mario Cavaradossi) Wiener Staatsoper / Michael Pöhn
Tosca
Anna Netrebko (Floria Tosca) & Wolfgang Koch (Baron Scarpia) ©Wiener Staatsoper / Michael Pöhn

Yusif Eyvazov  ne confirme pas totalement les progrès que le ténor naguère un peu frustre a réalisés. Certes, la ligne de chant s’est disciplinée, le choix de la nuance l’emporte sur la démonstration de  force, les couleurs enrichissent une palette désormais plus chatoyante. Mais les défauts, même atténués, demeurent. “Recondita armonia” révèle un grain un peu métallique, même si le duo avec Tosca et son dialogue bref mais tendu avec le proscrit font valoir un aigu éclatant. Les “Vittoria” sonnent sans la mâle hardiesse souhaitée. “E lucevan le stelle”  paraît trop extraverti et ralenti, avec des effets sans élégance. Seule l’émulation et la fusion entre les deux amants confèrent à la fin de l’opéra une réelle dignité sans pathos. En Scarpia, Wolfgang Koch dont ce n’est pas le meilleur rôle déploie une gamme de registres qui éloigne sa prestation de tout monolithisme : même si la voix manque par instants de puissance et de brillant, voilà un Scarpia raffiné et plein de morgue, ardent et odieux, tortueux et impétueux. A une élégante séance de séduction avec Tosca succède un “Te Deum” mordant. Et sa mort conjugue qualités vocales et assurance théâtrale. On a connu Scarpia plus noir, rarement aussi complexe.

Excellents chœurs et seconds rôles dont on distinguera Evgeny Solodovnikov.

La direction ce soir  de Bertrand de Billy de retour à l’Opéra de Vienne s’avère aussi subtile qu’intense. A la tête d’un orchestre capiteux, il confère à la partition de Puccini un dynamisme énergique et un lyrisme raffiné.

Tosca
Anna Netrebko (Floria Tosca) & Yusif Eyvazov (Mario Cavaradossi) ©Wiener Staatsoper / Michael Pöhn

Fans du Regietheater, passez votre chemin. Ici pas de dérision, de distanciation, de détournement. Margarete Wallmann (décédée en 1992) et ses disciples affrontent les conventions du mélodrame pour les sublimer. C’est le propos de la monumentalité de l’espace scénique. L’église, le bureau de Scarpia, la terrasse du château Saint Ange composent des tableaux majestueux qui loin d’écraser l’action ou de paralyser les mouvements les laissent respirer, leur conférant force, faste et grandeur. Ainsi entourés, les personnages quittent leur ancrage historique pour s’élever au rang de mythes dramatiques. Le livret resserré dont le musicien a su exalter la puissance dépasse  les péripéties individuelles aussi douloureuses soient elles. C’est une tragédie lyrique fondée sur des pulsions profondes : l’amour, la jalousie et le désir certes, mais aussi la mort, la liberté, l’engagement, la foi, l’art. L’intemporalité de cette réalisation vient sans doute de la compréhension intime de ces enjeux et de leur traduction en images. Les jeux de lumière sont soignés et signifiants et les costumes élégants jouent sur une palette chromatique subtilement travaillée. La direction d’acteurs actualisée, ni empesée ni alourdie par la routine, assure  son efficacité dramatique : si Yusif Eyvazov ne sait quoi faire de son corps, Koch et Netrebko sont particulièrement convaincants.

Dans un écrin qui défie le temps, s’affirment l’incandescence d’une voix, l’évidence d’une incarnation : Anna Netrebko, prima donna assoluta. Qu’une telle représentation se tienne devant une salle vide et ne reçoive pas d’applaudissements du public est un crève cœur.

 

Jean JORDY

(publié le 14 décembre)

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Jean Jordy
Jean Jordy

REVIEWER

Jean Jordy, professeur de Lettres Classiques, amateur d'opéra et de chant lyrique depuis l'enfance. Critique musical sur plusieurs sites français, il aime Mozart, Debussy, Rameau, Verdi, Britten, Debussy, et tout le spectacle vivant.

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