La Périchole à L’Odéon de Marseille : Du Cancan à Lima

LA PÉRICHOLE

La Périchole de Jacques Offenbach. Opéra bouffe en deux actes. 1868. Libretto d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy, d’après la comédie Le Carrosse du Saint-Sacrement de Prosper Mérimée. Première représentation au Théâtre des Variétés, à Paris, le 6 octobre 1868. Dernière représentation au Théâtre de l’Odéon, le 23 février 2020.

Direction musicale Didier BENETTI
Orchestre de l’Odéon
Mise en scène Olivier LEPELLETIER
La Périchole Héloïse MAS
1ère Cousine / Manuelita Kathia BLAS
2ème Cousine / Ninetta Perrine CABASSUD
3ème Cousine / Mastrilla Marie PONS
Piquillo Rémy MATHIEU
Le Vice-Roi Olivier GRAND
Panatellas Dominique DESMONS
Don Pedro de Hinoyosa Jean-Claude CALON
Atchi, Le vieux prisonnier, Le marchand de journaux Michel DELFAUD
Tarapote / Un Notaire Antoine BONELLI
Chœur Phocéen

Musique 4****
Mise en scène 4*****
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La Périchole, composée par Jacques Offenbach et écrite par ses deux plus grands librettistes, Henri Meilhac et Ludovic Halévy (à qui l’on doit aussi entre autres le livret du plus fameux opéra de Bizet) est un Opéra-bouffe présenté pour la première fois en 1868, sous le second empire, période durant laquelle ce genre était particulièrement populaire. Leur aspect festif, la virtuosité nécessaire à leur exécution ainsi que l’ampleur des moyens souvent mis en œuvre dans leur production jadis ont en effet fait des œuvres d’Offenbach un véritable symbole du faste de l’époque. L’action de déroule  au Pérou.

La mise en scène d’Olivier Lepelletier, également concepteur des décors, met en valeur les personnages à chaque moment clef de l’action et sublime l’interprétation. Le palais du Vice-Roi au deuxième acte est décoré avec finesse, par un grand tableau à l’arrière-plan et des meubles élégants. Les costumes de l’Opéra de Marseille, colorés sans excès sont aussi tout à fait appropriés. L’éclairage est suffisamment clair et chaud. On note de beaux effets visuels, en particulier l’émouvante projection de la lettre de la Périchole à Piquillo. Olivier Lepelletier a choisi de déplacer le premier et le troisième acte dans le cabaret des trois cousines plutôt que sur la place de la ville indiquée dans le livret. Il ne s’agit pas ici d’un « cabaret » dans la définition originelle du mot, bistrot ou gargote,  mais du lieu de spectacle que nous connaissons aujourd’hui.

La Périchole
La Périchole. Photo Christian DRESSE 2023.

Ce déplacement facilite la succession des nombreux numéros et permet de fluidifier la scène d’exposition, en incluant des passages dansés. Mais il a le gros inconvénient de gommer la portée sociale de ces actes, pourtant essentielle. Croyant, non sans mépris, duper ses sujets, voire profiter de certaines femmes du peuple en se déguisant grossièrement, le vice-roi est au contraire dupé par eux qui feignent de ne l’avoir reconnu et rient dans son dos. Et tel est pris qui croyait prendre. Car comme toujours dans la comédie, il faut bien sûr voir derrière le divertissement une certaine critique de la société à mettre en parallèle avec la paupérisation de la classe ouvrière. La rupture entre la classe dirigeante et son peuple est totalement absente de cette mise en scène. Aucune de la misère évidente présente dans le livret n’est visible dans cette production. Les personnages et le chœur sont habillés en grande tenue de bal masqué et coiffés de volumineuses perruques fantaisistes façon XVIIIième siècle rappelant bien plus la noblesse que le prolétariat. Il manque donc un personnage important du drame : le peuple de Lima. Aussi les seuls pauvres que l’on peut voir dans cette production sont Piquillo et La Périchole. L’adaptation des dialogues n’est pas toujours très bien pensée non plus. Certaines coupes semblent excessives : on regrette par exemple la suppression de la scène où le Vice-Roi anoblit un indien pour avoir prétendu dire la vérité, véritable pique en direction de la classe dirigeante colonialiste. Et quelques modifications semblent peu pertinentes.

La Périchole.
La Périchole. Photo Christian DRESSE 2023.
La Périchole.
La Périchole. Photo Christian DRESSE 2023.

Ainsi, le déguisement du vice-roi en religieuse, s’il est très amusant au premier abord, souffre de quelques incohérences dans le dialogue avec la Périchole. Les quelques tentatives de clins d’œil ajoutés sur la politique contemporaine (la réforme des retraites) a priori pertinentes sont  souvent mal amenées. Mais cette Périchole un peu trop édulcorée reste scéniquement efficace. La scène du mariage reçoit notamment un véritable triomphe tant elle est réalisée avec finesse, énergie et rythme.

Cette production est portée par les magnifiques interprètes des deux rôles principaux : Héloïse Mas qui apparait de plus en plus sur les scènes des grandes maisons françaises (et que les marseillais pourront d’ailleurs retrouver à l’Opéra en Carmen dans l’excellente production de Jean Louis Grinda le mois prochain) et Remy Mathieu. Héloïse Mas fait un parcours parfait dans cette Périchole. Sa souplesse vocale est impressionnante. Elle possède des graves en velours et sait très bien jouer l’ébriété, tant physiquement que dans ses accents vocaux. Elle est on ne peut plus convaincante. Remy Mathieu en Piquillo montre un timbre sûr et régulier. Il sait mettre exactement la puissance nécessaire sans en faire trop. Un ou deux aigus manquaient peut-être un peu d’assurance mais cela est totalement négligeable vu la qualité globale de sa prestation qui vocalement pourrait rappeler celle de Raymond Amade, immortalisée dans la discographie. Les rôles secondaires sont aussi fort bien tenus. Dominiques Desmons et Jean-Claude Calon respectivement Panatellas Don Pedro font un duo exquis. Olivier Grand sait imposer la présence nécessaire à son personnage de Vice-Roi et s’investit pleinement dans son jeu d’acteur, en particulier à l’occasion des multiples retournements de situations et dans la scène finale durant laquelle il gracie Piquillo et la Périchole, parodiant la figure miséricordieuse du roi rédempteur de l’opera seria. A certains moment une certaine rudesse dans la voix est cependant perceptible. Michel Delfaud incarne un vieux prisonnier aussi amusant qu’attachant. Le duo des notaires qu’il forme avec Antoine Bonelli est également très réussi. Ce dernier incarne en plus Tarapote. Il faut souligner pour l’ensemble de la distribution, une diction française impeccable, permettant de comprendre chaque mot sans tendre l’oreille, y compris pendant les airs, ce qui est fort rare de nos jours et d’autant plus remarquable en l’absence de sous-titre.

La Périchole.
La Périchole. Photo Christian DRESSE 2023.

L’orchestre de l’Odéon, dirigé par Didier Benetti (annoncé quelques jours avant la représentation pour remplacer Bruno Membrey) adopte des tempi vifs et dynamiques, et entraine le public dans la musique endiablée d’Offenbach. Il aurait pu faire preuve d’encore plus d’audace dans les percussions ainsi que pour  l’exécution de certains effets. Le chœur Phocéen, grand connaisseur de ce répertoire, livre une interprétation sans faute à la fois juste, puissante et coordonnée.

Une mise en scène dynamique et fidèle à la tradition de l’opéra bouffe malgré quelques simplifications excessives, des décors choisis et sémillants, des chanteurs impliqués dont la divine Périchole d’Héloise Mas ainsi qu’un orchestre et un chœur entrainants sont les ingrédients qui ont fait de cette soirée un grand succès, longuement applaudi en rythme pendant le numéro de cancan offert en guise de bis.

Julien Delhom

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Julien Delhom

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Dental surgeon in Toulouse. An ardent defender of stagings respecting the intention and the writing of the composers and their librettists.

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