La Gioconda aux Chorégies d’Orange :  Quintessence italienne dans un théâtre romain.

La Gioconda aux Chorégies d’Orange :  Quintessence italienne dans un théâtre romain.

LA GIOCONDA. Opéra en 4 actes. Musique d’Amilcare Ponchielli (1834-1886). Livret d’Arrigo Boito d’après Angelo, tyran de Padoue de Victor Hugo Création : Teatro alla Scala de Milan, 8 avril 1876

DIRECTION MUSICALE Daniele Callegari
MISE EN SCÈNE Jean-Louis Grinda
ASSISTANT CHEF DE CHOEUR ET PIANISTE Aurelio Scotto

LA GIOCONDA Csilla Boross
LAURA Clémentine Margaine
LA CIECA Marianne Cornetti
ENZO GRIMALDO Stefano La Colla
BARNABA Claudio Sgura
ALVISE BADOERO Alexander Vinogradov
ZUÀNE Jean-Marie Delpas
ISÈPO Jean Miannay
BARNABOTTO Serban Vasile
Orchestre Philharmonique de Nice
Chœurs des Opéra d’Avignon, de Monte-Carlo et de Toulouse
Ballet de l’Opéra Grand Avignon

Musique : 4****
Mise en scène : 4 ****

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Les Chorégies d’Orange, plus ancien festival lyrique de France sont toujours un évènement attendu et très populaire. Elles se concluent ce samedi 6 août par la majestueuse Gioconda de Ponchielli. Opéra chatoyant, parfois décrit comme le pont entre la Traviata et la Bohème, c’est avant tout une œuvre marquée par son époque (le milieu du XIXe siècle) : le genre phare était le Grand Opera français et  elle en  reprend l’essentiel des codes. Le but n’était  pas alors seulement de proposer au public une pièce lyrique mais de le surprendre et de le divertir plusieurs heures durant à grands renforts d’effets, de décors fastueux, de chœurs monumentaux, de ballets, etc.  Ce but est parfaitement atteint ici aux Chorégies.

Le gigantesque théâtre antique et sa vaste scène conviennent on ne peut mieux à cette œuvre et à l’ampleur des forces qu’elle nécessite pour son exécution. Les décors sont pourtant particulièrement épurés (comme c’était d’ailleurs l’usage dans le théâtre romain), en dehors des projections pertinentes et réussies d’Étienne Guiol et Arnaud Pottier. On remarque surtout l’omniprésence de cordes, dont la disposition change au fil des actes pour séparer l’espace. Cette reprise d’éléments plus ou moins neutres adaptés au fil du drame est un procédé que Jean Louis Grinda, metteur en scène et directeur du festival, avait déjà utilisé dans de précédentes mises en scènes mais qui ici  ne convainc pas totalement.

La Gioconda 2022 ©gromelle
La Gioconda 2022 ©gromelle

Ces cordes peuvent symboliser  l’entremêlement des destins des personnages, évoquer  l’ambiance navale récurrente dans le drame ou encore indiquer que la vie (et notamment celle de la Gioconda) ne tient qu’à un fil. Leur sens n’est pas clair et leur présence envahissante.  Elles parasitent (la pourtant magnifique) vue d’ensemble de l’acte I et gênent les déplacements des protagonistes. Elles se marient au contraire très bien avec les images de bateaux sur la rive projetées au deuxième acte, délimitent agréablement des allées dans le palais d’Alvise au troisième acte…  Les costumes de Jean-Pierre Capeyron s’avèrent d’une richesse et d’un faste tout à fait remarquables. En particulier ceux de Laura, de Gioconda et d’Alvise qui ne doivent pas avoir grand-chose à envier à ceux de l’époque du grand Meyerbeer. Dans l’habillement des danseurs de la célébrissime « danse des heures , un habile rappel du passé antique des lieux est de bon aloi. La gestion de l’espace et des déplacements (que ce soit des personnages ou des quelques accessoires) fluide et dynamique contribue largement à faire vivre le drame ou à  focaliser l’attention dans les moments clés. Le ballet (ayant largement contribué à la popularité de la Gioconda suite à son immortalisation dans Fantasia), exécuté ici par le Ballet de l’Opéra Grand Avignon et chorégraphié par Marc Ribaud, est aussi beau qu’émouvant. En plus de la « danse des heures », on apprécie particulièrement les quelques mouvements de la scène de Carnaval au premier acte.

La Gioconda 2022 ©gromelle
La Gioconda 2022 ©gromelle
La Gioconda 2022 ©gromelle
La Gioconda 2022 ©gromelle

Musicalement l’Orchestre Philharmonique de Nice et son directeur musical attitré, Daniele Callegari à sa tête, offrent une interprétation très ancrée dans la tradition italienne avec une attention particulière portée à la voix. Chaque numéro est réussi mais on peine parfois à entendre une analyse globale de l’œuvre et sa continuité dramatique. Les cuivres ont particulièrement brillé mais les bois ont épisodiquement été mis à mal par la partition (particulièrement exigeante à leur égard il faut bien le dire). Csilla Boross annoncée tardivement dans le rôle-titre pour remplacer Saioa Hernández n’a peut-être pas eu tout le temps qu’il faudrait pour étudier cette riche partition et son complexe personnage, à la fois héroïque et tourmenté. Elle aura tout de même livré une interprétation vocalement correcte et agréable mais manquant quelque peu de puissance. Claudio Sgura est par contre tout ce que l’on peut attendre de Barnaba. Il incarne son vice avec la plus grande conviction. Ses intonations sont toujours justes et sa voix d’une force et d’une régularité impressionnante. Clémentine Margaine, bien connue du public français, est une Laura aussi touchante qu’envoûtante. Sa très belle voix de mezzo au timbre chaud accroche l’oreille à chaque instant et contribue à exprimer les émotions et la bienveillance de son personnage

La Gioconda 2022 ©gromelle
La Gioconda 2022 ©gromelle

Alvise incarné par Alexander Vinogradov bénéficie d’une belle présence scénique propre à manifester la puissance politique de son personnage. Marianne Cornetti, qui a chanté les deux autres rôles féminins dans sa carrière, aura désormais fait le tour complet de la Gioconda en chantant la Cieca : connaissant parfaitement la partition, elle sait susciter l’empathie envers son personnage . L’Enzo de Sefano La Colla est par contre relativement décevant, son jeu manque de naturel. Sa voix peine également à nous transporter.  Les Chœurs, assemblant ceux des Opéra d’Avignon, de Monte-Carlo et de Toulouse font preuve d’une grande coordination et offrent de vrais moments de magie. Il faut ainsi saluer l’excellent travail de Stefano Visconti.

Le point culminant de l’été lyrique français

Émerveillant les milliers de spectateurs venus en ce mois d’août au théâtre antique d’Orange, la Gioconda de Ponchielli aura pleinement rempli sa mission de Grand Opéra. Sublimée par les talents de Jean Louis Grinda et de ses équipes et incarnée par des interprètes de très haut vol, elle aura fait des Chorégies d’Orange, une nouvelle fois encore, le point culminant de l’été lyrique français.

 

Julien Delhom

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Julien Delhom

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Dental surgeon in Toulouse. An ardent defender of stagings respecting the intention and the writing of the composers and their librettists.

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Willem Tates
Willem Tates
1 mois il y a

Heerlijk om te lezen, deze opera staat nog op mijn lijst.