LA FLÛTE ENCHANTÉE à Toulouse : Le désenchantement

La Flûte Enchantée.  Singspiel en deux actes de W.A. Mozart. Livret d’Emanuel Schikaneder. Créé le 30 septembre 1791 au Theater auf der Wieden à Vienne.
Vu: le 23. décembre, Théâtre du Captitole Toulouse.
  

Direction musicale : Frank Beermann
Mozart : May Hilaire
Schikaneder : Ferdinand Régent-Chappey
Tamino : Valentin Thill
Pamina : Marie Perbost
Sarastro : Christian Zaremba
La Reine de la Nuit : Marlène Assayag
Papageno: Kamil Ben Hsaïn Lachiri
Papagena : Céline Laborie
Monostatos : Paco Garcia
L’Orateur : Stephan Loges
Première Dame : Andreea Soare
Deuxième Dame : Irina Sherazadishvili
Troisième Dame : Marie-Andrée Bouchard-Lesieur
Premier Prêtre : Pierre-Emmanuel Roubet
Deuxième Prêtre : Nicolas Brooymans
Solistes de la Maîtrise du Capitole
Orchestre national du Capitole
Chœur du Capitole
Mise en scène : Pierre Rigal

Musique : 3***
Mise en scène : 1*

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La Flûte Enchantée :
Le désenchantement !

Mozart et Schikaneder ?

Je tiens tout d’abord à commencer cette critique par une pensée émue pour les nombreux jeunes (ou moins jeunes) spectateurs venus pour la première fois découvrir en nombre le chef d’œuvre ultime de Mozart en cette période de fêtes : ils n’auront vu que son massacre. Et il n’aura fallu pas moins d’une armée mexicaine créditant entre autre trois acolytes sur la « mise en scène », trois pour la « dramaturgie », trois pour la scénographie… pour venir totalement à bout de ce diamant.  A la tête de celle-ci, le chorégraphe Pierre Rigal qui signe ici sa première mise en scène et dont il faut espérer que ce soit la dernière. Ce sera en tout cas me concernant très probablement la dernière que je me fusse infligé.

Commençons tout d’abord par la fameuse dramaturgie censée rendre l’œuvre plus compréhensible. Elle passe notamment par d’affreux écrans luminescents continuellement sur scène, expliquant ou sous-titrant grossièrement l’action et par deux énergumènes sensés représenter Mozart et Schikaneder (eux aussi ne quittant malheureusement jamais la scène) qui disent au micro les dialogues des personnages à leur place dans un français vulgairement traduit. Ces derniers se contentent donc de jouer en lipdub par dessus avec la conséquence d’amoindrir leur jeu déjà pas bien brillant. Il s’avère en effet d’un ennui particulier, toujours cliché et figuratif à outrance. Par ces surexplications de l’œuvre pourtant pas des plus compliquées, le public pourra avoir le plaisir d’être pris au mieux pour une assemblée d’incultes finis au pire pour des crétins au sens clinique du terme.

La Flûte Enchantée
Valentin Thill (Tamino), Kamil Ben Hsaïn Lachiri (Papageno) - ©Mirco Magliocca

Un des pires éléments de cette mise en scène pourtant déjà bien chargée réside sûrement dans les éclairages de Christophe Bergon. Ils sont extrêmement agressifs, parasitent systématiquement l’action par leur intensité ou des effets de clignotement des plus ridicules et n’ont pas le moindre sens esthétique. Ils laissent notamment voir les grossiers câbles maintenant le décor, même à faible hauteur.

On aurait pu penser qu’une mise en scène de chorégraphe serait au moins un peu rattrapée par la danse mais là encore c’est un échec! Les chorégraphies sont mal exécutées, les danseurs ne sont pas synchronisés et pas toujours sur la musique. En costumes noirs, exécutant eux aussi des mouvements descriptifs à outrance, ils ne contribuent qu’à rajouter du bruit de fond. Et les quelques essais chorégraphiques intégrés au drame, notamment la danse des livreurs oranges s’avèrent d’un ridicule des plus malaisant.

L’orchestre du Capitole rend correctement la partition mais il est plombé par la direction de Franck Beermann qui dirige la Flûte comme si c’était un Parsifal, sans subtilité (on entend notamment trop peu les cordes dans questions/réponses) et surtout en adoptant des tempi d’une longueur interminable dès l’ouverture qui ne font qu’allonger le supplice. On reprochera également des décalages rythmiques, notamment avec les trois dames mais aussi avec le chœur, défauts que l’on avait déjà constatés dans Elektra. Le chœur qui par ailleurs tombe comme un cheveu sur la soupe dans la mise en scène, ses membres n’étant pas costumés et n’ayant pas même adopté une unité de couleur. Il faut souligner qu’ils n’ont une fois de plus, malheureusement pas été préparés par l’excellent Alfonso Caiani.

La Flûte Enchantée
Valentin Thill (Tamino), Marlène Assayag (La Reine de la Nuit) - ©Mirco Magliocca
La Flûte Enchantée
Marie Perbost (Pamina), Kamil Ben Hsaïn Lachiri (Papageno) - ©Mirco Magliocca

Mitraillettes

Les décors sont dénués d’intérêt. Pendant la première partie ils se constituent d’un anarchique empilement de pièces de cartons en 2D allant du champignon à la station service. Vide au début, complètement surchargé à la fin. Pour la deuxième partie, on aura droit simplement à des bâches de plastique noir. Si les costumes laissent transparaître quelques bonnes idées, ceux-ci finissent toujours par s’avérer décevants (la lune laineuse transportée en auréole derrière la reine de la nuit se retrouve malheureusement souvent désaxée pour un effet visuel des plus médiocres par exemple) ou le plus souvent catastrophiques. Citons parmi les pires : le pyjama informe bleu et rose que porte Tamino tout du long (par ailleurs guerre plus aidé par sa coiffure ou son maquillage), les chapeaux phalliques des trois dames, les chaussures de Pamina hésitant entre de déguisement de princesse à trois sous et les chaussons de grand mère, les ensembles oranges boudinant de livreurs de street food ou encore les treillis assortis de leurs mitraillettes en plastique nécessaires à toute production de Regietheater qui se respecte.

Si il y avait quelque chose à sauver dans cette production ce serait cette seconde distribution constituée d’espoirs de l’art lyrique. La Pamina de Marie Perbost est sans nul doute le point fort de cette production. Elle s’avère tout à fait endurante et chante son rôle à la perfection. Sa voix est à la fois précise, puissante et sûre. Le Tamino de Valentin Thill (que les spectateurs toulousains avait pu apercevoir quelques mois plus tôt à l’occasion d’un rôle très secondaire dans Elektra) ne défaille jamais. Le Papageno de Kamil Ben Hsaïn Lachiri offre de belles couleurs mais manque souvent de volume en fin de réplique.

La Flûte Enchantée
Paco Garcia (Monostatos), Marie Perbost (Pamina), Kamil Ben Hsaïn Lachiri (Papageno) - ©Mirco Magliocca

La reine de la nuit de Marlène Assayag manquait à quelques moments d’aigus mais exécutait avec adresse la gymnastique vocale inhérente à son rôle. Les germanophones les plus puristes pourront par ailleurs probablement lui reprocher sa diction allemande. La Papagena de Céline Laborie est excellente et prouve qu’elle est tout à fait apte à s’affranchir des rôles secondaires. Le Sarastro de Christian Zaremba ne fait pas de vague, il chante sa partition fidèlement et sans fausse note mais sans éclat ou profondeur particulière non plus. Le seul vrai point faible de ce casting est le Monostatos de Paco Garcia qui semble complètement essoufflé, souvent faux et systématiquement couvert par l’orchestre.

Malgré quelques ingrédients intéressants la mise en scène de Pierre Rigal et ses acolytes aura réussi à transformer la pâtisserie subtile de Mozart et Schikaneder à la fois douce et complexe en un ragoût informe d’une lourdeur des plus pesante et d’un goût des plus mauvais qu’on aura eu les plus grandes peines à finir. La seule consolation qu’on aura en partant sera de se dire : « après tout on a vu pire… »

Julien Delhom

The Pajama Game
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Julien Delhom

REVIEWER

Dental surgeon in Toulouse. An ardent defender of stagings respecting the intention and the writing of the composers and their librettists.

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Enilorac
Enilorac
9 mois il y a

Tout a fait d’accord avec cet article!!
Mise en scène déplorable, décors moches, passages dits en français complètement niais. Bref, une belle kermesse d’école élémentaire….

hubert
hubert
8 mois il y a

je vous rejoins je pense que c’est la vue quia fait chavirer vos oreilles car musicalement en fermant souvent les yeux c’était très, très beau avec un orchestre superbement dirigé, si si je vous assure…..

https://blog.culture31.com/2022/01/04/une-flute-enchantee-qui-sceniquement-dechante-au-capitole/