LA CHAUVE-SOURIS à Marseille

LA CHAUVE-SOURIS

OPÉRETTE EN 3 ACTES. Livret de Henri MEILHAC et Ludovic HALÉVY.
Création à Vienne, le 5 avril 1874.

Cocktail anti morosité, efficacité garantie :
La Chauve-Souris à l’Odéon de Marseille.

Direction musicale Emmanuel TRENQUE
Mise en scène Jacques DUPARC
Caroline Perrine MADOEUF
Arlette Ève COQUART
Flora Davina KINT
Gaillardin Florian LACONI
Duparquet Philippe ERMELIER
Tourillon Jean-François VINCIGUERRA
Alfred Christophe BERRY
Orlowsky Alfred BIRONIEN
Léopold Jacques DUPARC
Bidard Dominique DESMONS
Orchestre de l’Odéon
Choeur Phocéen
Cheffes de chant Laura CARAVELLO et Anne GUIDI

Mise en scène 5*****
Musique 3***

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L’opéra est un divertissement obscur, ennuyeux, très cher et réservé à une élite vieillissante. Voilà une idée reçue que le Théâtre de l’Odéon de Marseille renvoie en touche avec un magistral coup de pied grâce à sa production de la Chauve-souris. Œuvre incontournable des fêtes de fins d’années, la Chauve-souris est un peu à l’opérette ce que le Casse-noisette est au ballet. Elle est présentée ici dans une version légèrement abrégée, entièrement traduite et adaptée en français (d’après la pièce d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy à qui l’on doit entre autres le livret de Carmen et de quelques grands chefs d’œuvres d’Offenbach) sans le moindre sous-titre. Signée Johann Strauss fils elle emprunte les codes du vaudeville et contient tous les ingrédients d’un comique mordant : quiproquos imbriqués, confusions sociales, frasques amoureuses et surtout, un élément essentiel plus spécifique : des personnages pris en étau dans une contradiction paradoxale entre leur jalousie et leur propre tendance à l’infidélité.

Pour faire monter la chantilly dans un tel genre, il faut créer, conserver mais surtout réinsuffler régulièrement une dynamique de jeu. La mise en scène de Jacques Duparc, appuyée par des chanteurs survoltés et on ne peut plus impliqués y parvient tout à fait. Chaque entrée de personnage redonne de l’énergie à l’action en cours. Les multiples gags sont totalement soutenus par leurs protagonistes et font mouche à coup sûr, même les moins subtils.

LA CHAUVE-SOURIS
photo Christian DRESSE 2022

Les décors correspondent au cadre spatio-temporel du récit et créent une immédiate compréhension de l’action. Deux colonnes en pierres factices, encadrées de deux estrades surélevées, bordées des mêmes pierres délimitent au premier acte les pièces de la maison bourgeoise, au deuxième les espaces du palais d’Orlowsky et au troisième l’intérieur de la prison en avant-scène et la cour y conduisant. Complètent le dispositif les accessoires nécessaires (élégants et bien choisis sans verser) et un fond projeté : unicolore au premier acte, peignant une fresque murale pour le palais d’Orlowsky au deuxième, dessinant une fenêtre de prison au dernier. L’intensité des éclairages s’adapte avec à propos pour accentuer des numéros musicaux ou des coups de théâtre.

Si en termes d’énergie et de sens théâtral, cette production de la Chauve-souris remplit toute sa mission, il faut bien admettre que musicalement la riche partition de Strauss donne quelques difficultés à ses interprètes. À commencer par l’orchestre de l’Odéon, dirigé par Emmanuel Trenque, dont il faut tout d’abord souligner la fougue et l’ardeur.

LA CHAUVE-SOURIS
photo Christian DRESSE 2022
LA CHAUVE-SOURIS
photo Christian DRESSE 2022

L’exécution cependant sonne parfois de façon brouillonne et il est malheureusement trop fréquent d’entendre des notes à contretemps, voire fausses. Ces carences s’avèrent tout de même insuffisantes pour gâcher le spectacle et nombre de spectateur se seront surpris à dodeliner de la tête au rythme de cette musique entrainante. Le Chœur Phocéen en revanche tire habilement son épingle du jeu et fait preuve d’une excellente préparation se traduisant par sa parfaite coordination. Son implication dans la mise en scène doit aussi être soulignée. Florian Laconi est un parfait Gaillardin (Gabriel von Eisenstein dans la version originale). Sa diction est impeccable et sa voix forte captive le public par sa justesse de ton. La Caroline (Rosalinde) de Perrine Madoeuf séduit par ses mimiques et sa présence scénique. Sa voix ruisselle d’intentions mais laisse percevoir quelques acidités, en particulier au premier acte. Eve Coquart montre une belle virtuosité en chantant Arlette (Adele). Certains moments de ses parties chantées sont cependant peu compréhensibles, défaut d’autant plus dommageable en l’absence de sous-titre.

LA CHAUVE-SOURIS
photo Christian DRESSE 2022

On aura choisi ici un ténor pour chanter le rôle du prince Orlowsky : Alfred Bironien. A l’oreille il ne supportera pas la comparaison avec les grands chanteurs tels que Stolze ou Windgassen par exemple qui ponctuent la riche discographie du Fledermaus. Mais il brille pourtant sur scène autant que son costume grâce à sa prestance et à son excellent jeu en compagnie notamment de son page. On ne se lasse pas d’entendre la sempiternelle sérénade d’Alfred, incarné par Christophe Berry. Jean François Vinciguerra manque un peu de fluidité et de souplesse pour incarner Tourillon (Frank). Mais on s’amuse énormément de son ivresse au troisième acte. Le Duparquet (Falke) de Philippe Ermelier fait preuve d’une belle régularité vocale tout au long du spectacle, mais il a peut-être légèrement moins su s’imposer comme le personnage clef qui organise et dénoue les quiproquos du drame. Jacques Duparc qui signe la mise en scène s’est aussi glissé dans la peau de Léopold (Frosch) et s’amuse avec brio des jeux de mots et de situations exquis contenus dans les dialogues et leur réadaptation du troisième acte.

Cette Chauve-souris de l’Odéon de Marseille (abordable pour une trentaine d’euros en catégorie unique) sera donc parvenue à ses fins, ravir son nombreux public en le faisant rire, sourire et même applaudir au rythme de la musique pendant le bis orchestral final. Chacun aura à coup sûr passé un excellent moment en ces temps troublés même si les plus exigeants ne pourront pas avoir manqué de remarquer les quelques faiblesses vocales et musicales dans l’interprétation de l’exigeante musique de Strauss.

Julien Delhom

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Julien Delhom

REVIEWER

Dental surgeon in Toulouse. An ardent defender of stagings respecting the intention and the writing of the composers and their librettists.

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