Carmen séduit les toulousains

Carmen de Georges Bizet. Opéra comique en quatre actes. 1874. Libretto de Henri Meilhac et Ludovic Halévy, d’après le roman de Prosper Mérimée. Première représentation par l’Opéra-Comique à la salle Favart, Paris, le 3 mars 1875. Vu: le 23. janvier, Théâtre du Captitole Toulouse.
  

Giuliano Carella, Direction musicale ; Marie-Nicole Lemieux, Carmen ;  Jean-François Borras,  Don José ; Alexandre Duhamel, Escamillo ; Elsa Benoit, Micaëla ; Jean-Vincent Blot, Zuniga ; Victor Sicard, Morales ; Marie-Bénédicte Souquet, Frasquita ; Grace Durham, Mercedes ; Olivier Grand, Le Dancaïre ; Paco Garcia, Le Remendado ; Frank T’Hézan, Lilas Pastia ; Jean-Louis Grinda, Mise en scène ; Orchestre national du Capitole ; Chœur et Maîtrise du Théâtre du Capitole

Musique : 5*
Mise en scène : 4*

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Au Théâtre du Capitole :
Carmen séduit les toulousains.

Malgré l’échec cuisant de sa création en 1875, principalement dû à sa nature tant violente que scabreuse pour l’Opéra-Comique de l’époque, Carmen est aujourd’hui un des opéras les plus demandés au monde. Ajoutez-y une distribution ambitieuse et c’est la certitude d’un succès de billetterie. Cela ne s’est pas démenti à Toulouse où le Théâtre du Capitole affiche complet pour ses huit représentations depuis plus d’un mois. On y reprend la production de Jean Louis Grinda qui avait déjà connu les faveurs du public en 2018, donnée ici dans sa version avec récitatifs chantés.

Le décor est assez simple. Il se compose de murs de briques encadrant la scène et de deux hémi-cylindres mobiles avec un aspect de surface métallique de couleur bronze permettant d’ouvrir l’espace sur le plateau ou au contraire de le réduire pour permettre au spectateur de se concentrer sur l’action en cours. A ceci s’ajoutent quelques éléments de décors qui permettent d’identifier chaque lieu (l’auberge, la prison, la montagne, etc.) de façon simple mais efficace. Les éclairages très élégants de Castaignt compensent cette simplicité relative en baignant chaque scène dans l’ambiance adaptée. Cette scénographie offre une grande fluidité dans les changements de lieux et d’atmosphères et évite ainsi les fermetures de rideaux trop fréquentes qui ont tendance à casser la tension dramatique.

Carmen séduit les toulousains
Marie-Nicole Lemieux (Carmen) ©Mirco Magliocca

La direction d’acteur est précise et fait vivre chaque moment du drame mais elle aurait pu parfois être un peu plus poussée et subtile. Le côté violent de Don José est par exemple très présent alors que la fragilité et l’affliction du personnage peinent à ressortir. A cette direction d’acteur, s’ajoutent de magnifiques passages de danse espagnole, principalement exécutés par la danseuse Irene Rodriguez Olvera sur les plages orchestrales mais aussi quelques mouvements intégrés au drame, effectués par les chanteurs qui ont fait un vrai effort à cet effet. Ces passages chorégraphiques sont placés pertinemment et remarquablement réalisés. Les quelques ajouts de projections vidéo, en revanche n’apportent pas grand chose et ont même tendance à parasiter l’action, pendant le final en particulier. Ils sont cependant suffisamment rares pour ne pas pénaliser grandement cette mise en scène. Les costumes et le maquillage offrent de belles couleurs et permettent se s’immerger dans l’Espagne de l’époque. Certains auraient cependant mérité d’être un peu plus élaborés tels que ceux des cigarières par exemple.

L’héritage de Michel Plasson

L’orchestre, au cœur de son répertoire, dirigé par Giuliano Carella, donne une Carmen dans le digne héritage de Michel Plasson : traditionnelle et ronde mais entraînante, puissante et colorée en même temps. Il ne cherche pas à impressionner le public par des excès de rythme ou d’effets, il n’en a pas besoin. Toujours d’accord avec le plateau il montre une grande connaissance de l’œuvre et un important travail de préparation. Les chœurs en revanche, s’ils sont bien employés dans la mise en scène et contribuent à rendre cette Carmen on ne peut plus vivante, manquent à quelques moments de précision ou de volume.

Carmen
Alexandre Duhamel (Escamillo) ©Mirco Magliocca
Carmen
Marie-Nicole Lemieux (Carmen) et Jean-François Borras (Don José) ©Mirco Magliocca

S’il est un débat qui divise les lyricomanes c’est l’éternel dilemme opposant la Carmen mezzo-soprano à la Carmen soprano et le Théâtre du Capitole le corse un peu plus en présentant une Carmen contralto : Marie Nicole Lemieux qui chante ici sa première Carmen sur scène. Elle s’est avérée tout à fait convaincante. Sa voix claire et fluide chante les lignes de chant avec la plus grande virtuosité faisant preuve de compétences techniques remarquables. Elle sait par ailleurs faire preuve de puissance, se démarquant parfaitement de l’orchestre quand cela est nécessaire. Elle est également très impliquée dans son jeu et se donne pleinement, dans les moments de séduction notamment. S’il fallait la rapprocher de l’une des multiples références discographiques ce serait indéniablement de Marilyn Horne. Jean François Borras n’a plus ses preuves à faire dans l’opéra français. Les toulousains avaient pu profiter de son émouvant Werther en 2019. Il chante Don José avec précision et offre de très beaux aigus. Son jeu est par contre cette fois légèrement figé et il pourrait incarner un peu plus son personnage. La Micaëla d’Elsa Benoit est toujours juste et offre de belles couleurs. L’Escamillo d’Alexandre Duhamel s’avère finalement être le point faible de la distribution. Sans être vraiment mauvais, il manquait souvent de volume, (notamment dans les célèbres couplets) forçant l’orchestre à réduire le sien et semblait avoir la voix un peu encombrée. Son jeu aurait également gagné à être plus naturel. Il a d’ailleurs été assez timidement applaudi. Il faut savoir que Alexandre Duhamel venait de faire trois Escamillos en trois jours, en remplaçant l’autre Escamillo qui était tombé malade la veille. Tout cela après qu’il ait eu Covid il y a quinze jours.
Les personnages secondaires, durement soumis au port du masque, ont globalement été très bons et ont contribué au succès par leur implication dans le drame. Citons parmi les plus remarquables la Frasquita de Marie-Bénédicte Souquet, la Mercedes de Grace Durham et le Morales de Victor Sicard. La diction française, assurée par une distribution quasi exclusivement francophone est globalement qualitative et permet même aux novices de s’affranchir quasiment des sous-titres.

Carmen
Marie-Nicole Lemieux (Carmen) et Alexandre Duhamel (Escamillo) ©Mirco Magliocca

Le Théâtre du Capitole propose donc actuellement une Carmen dans son jus, à la fois vivante, tragique, joyeuse, violente et scandaleuse : en un mot humaine. Le public en ressort de bonne humeur même si ça finit mal. Et si elle ne se jouait pas à guichet fermé, la production est d’une telle qualité que nous y serions volontiers retournés une deuxième fois découvrir la seconde distribution avec Eva Zaïcik qui devrait être une Carmen peut être plus conventionnelle mais très probablement complémentaire.

Julien Delhom

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Julien Delhom

REVIEWER

Dental surgeon in Toulouse. An ardent defender of stagings respecting the intention and the writing of the composers and their librettists.

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